Atelier Drag Kings

Atelier Drag Kings

Un dimanche en King? Ça vous tente?
Je vous emmène à la rencontre de Louis(e) de Ville qui performe et anime des ateliers de Drag King depuis plus de dix ans. Elle vous apprendra à caricaturer “l’homme”, le parodier et performer une certaine masculinité. Une saine manière de (mettre un coup de pied aux c…) rire du piédestal à dominante autoritaire sur lequel trônent encore certains mâles. Car comme disait Prévert: “Un garçon manqué est une fille réussie”.

Votre transformation va passer par les trois B des Drag Kings: Binding, Barbery, Bite.
Le binding c’est la compression de vos seins avec une bande bien serrée. On s’aide entre filles et la respiration se resserre dans ce corset masculin. Sensation vite oubliée et on commence déjà à être des hommes: retenus, sûrs d’eux, contrairement à des femmes hystériques – on nage dans les caricatures, je ne vous l’avais pas dit?
Après cette première étape, gilets, vestes, pantalons, chaussures sont vite enfilés: “on n’a pas besoin de 10 heures pour s’habiller, on n’est pas des filles quoi!” Un rapide coup de maquillage pour estomper la féminité de nos visages: des Drag Queens ont appris à Louis(e) à se masculiniser, en inversant leur propre technique de féminisation. Maxillaires et front sont accentués, en deux couleurs on se créé une belle pomme d’Adam.
Avant d’attaquer la “poilusité”, comme dit Louis(e), réfléchissez bien à l’homme que vous incarnerez. Le mâle a finalement peu de possibilités de se démarquer socialement, si ce n’est justement par sa barbe/moustache…
Vous voulez être hirsute? Révéler votre propre duvet grâce à quelques coups de “menscara“? Avoir une barbe de trois jours grâce à des faux poils collés? Tout est possible, à vous d’explorer/mixer les techniques!
Dans la salle les filles – oh pardon les gars – s’excitent: “on dirait un vrai mec, c’est trop beau!” et encore “j’arrête pas de bouffer du poil!”.
On passe à l’essentiel de la vie de l’homme : la bite! Construction de votre propre service trois pièces à l’aide d’un mi-bas et de boules de ouate. Et, contrairement aux hommes, vous allez pouvoir choisir la taille de votre sexe, mais attention de ne pas faire des boules trop dures, conseille Louis(e), “ce serait comme avoir un cancer des testicules”; n’imaginez pas non plus qu’un mec bande 24/24, alors doucement sur la ouate!

Bien relooké, vous allez expérimenter certains codes masculins et vous comporter, enfin, comme un homme – avouez que vous en aviez toujours rêvé!
Louis(e) nous explique que la femme est élevée dans un esprit de disponibilité: souriante, elle prend le moins de place possible.
L’homme lui est en contrôle, alors on ancre bien les pieds dans le sol, jambes écartées. Le bassin en avant, les épaules en arrière.
C’est le moment d’arrêter de sourire et dominer son territoire les gars!
Gardez une certaine distance avec l’autre et serrez-lui la main d’un geste ferme, mâchoires serrées: Dé-ter-mi-nés! La voix un cran plus grave pour gagner en crédibilité.
Dans les transports publics, les femmes se serrent dans leur coin et les hommes “s’étalent”, (voir l’hilarant Tumblr sur le sujet). Sur des chaises à votre tour de vous asseoir en prenant un maximum de place, coudes sortis, mains sur le sexe, pour être sûrs qu’il ne soit pas parti se promener tout seul…
Avec le taux de testostérone qui grimpe, on commence à avoir soif, heureusement c’est l’heure d’aller boire une bière sur la terrasse du Grütli: on a gardé nos barbes et reçus quelques regards, plus ou moins discrets, pour vérifier si on était des hommes, ou des femmes à barbe?

Photographie © Nathalie Mastail-Hirosawa

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