Aujourd’hui j’ai croisé… Bob Buckets

Aujourd’hui j’ai croisé… Bob Buckets

Je connais quelqu’un en ville qui sait faire briller le soleil, même quand il pleut des cordes.
Vous ne pouvez pas le rater, les gérants des magasins alentours me disent: “il fait vraiment beaucoup de bruit, mais il est le seul qui respecte la limite de 20 minutes (la loi dicte aux musiciens de ne pas rester plus longtemps au même endroit)“.

Enfant déjà, Bob s’est senti connecté au monde de la musique de rue lorsqu’il voyait jouer des artistes. Il a grandi dans une famille irlandaise dont les membres ont l’esprit artistique, avec des caractères indépendants et affirmés.
A l’âge de 13 ans, un ami le laisse essayer sa batterie et quand il rentre à la maison il dit à ses parents : “je veux devenir batteur!” Plusieurs mois plus tard, même s’il n’a plus jamais reparlé de cette idée, il trouve une batterie sous le sapin de Noël!

Quand Bob raconte ce virage si important pour le reste de sa vie, on partage toute l’intensité de cet instant avec lui:
Je suis ému en pensant à ce que mes parents ont dû sacrifier tous les deux pour pouvoir m’offrir cette batterie. Mon père a toujours rêvé de devenir Roger Taylor le batteur de Queen. Alors j’imagine que ça a été sa motivation pour me soutenir! Ils ont aussi été des anges de me laisser jouer toutes ses années dans ma chambre!”

Un de ses oncles, un proche de la famille et musicien, lui donne sa seule et unique leçon pendant environ 20 minutes. Il lui apprend les rudiments. Puis Bob commence à s’entrainer seul, rejouant des morceaux qu’il aime, répétant chaque jour encore et encore. Son premier concert arrive alors qu’il a 16 ans, dans une sorte de bar à café. Sa famille, toujours très présente, grand-maman incluse, viennent le voir. Aucune importance qu’il joue de la musique punk, parce qu’il est important d’être là pour ceux qu’on aime quoiqu’il arrive.
Papa m’a appris à toujours être bon avec tout le monde, parce que cela te reviendra toujours en retour d’une manière ou d’une autre. Et c’est vrai: beaucoup de mes réussites (par exemple des possibilités de concert) ont été possible après des échanges privilégiés avec des personnes qui m’ont – et que j’ai – apprécié.”

Après plusieurs petits boulots, il décide de devenir un artiste à plein temps et de gagner sa vie en jouant dans la rue. Des Etats-Unis, où il a grandit, il part pour l’Espagne et trouve l’idée de peindre ses tambours en jaune et prend le surnom de Bob, hérité de ses interactions avec les enfants et de leur enthousiasme pour Bob l’éponge.

En visite à Genève, il rencontre Phil Bondy, un autre “joueur de seaux” de rue très connu. Phil lui explique globalement les conditions pour jouer ici dans la rue, ce qui décide Bob à venir s’installer dans notre cité.

Ce qui m’a frappée tout au long de notre rencontre, c’est la gentillesse et la générosité de Bob. Il a gardé une âme d’enfant et quand il se met à jouer on voit qu’il est 100% vrai: tous les enfants arrivent sans une once d’hésitation pour jouer avec lui.

La dernière histoire qu’il a bien voulu partager avec moi nous montre comment un geste généreux retourne à celui qui l’a offert:
Quand je suis retourné à la maison pour Noël l’an dernier, l’oncle qui m’avait donné cette leçon de batterie était mort d’un cancer. J’ai été voir sa femme et ses enfant pour leur dire comment leur papa avait changé ma vie pour le meilleur, et comment j’avais ensuite changé la vie d’autres personnes en retour avec mon métier de performer de rue. J’ai pu jouer avec son fils, mon petit cousin, qui est maintenant un musicien professionnel.
Alors ne sous-estimez pas la générosité humaine! Je pourrais vous raconter tant d’histoires sur tous les touchants cadeaux que j’ai reçus de personnes qui m’ont vu jouer, de cette femme âgée qui m’a donné un pins jaune avec les lettres “love” à cet homme qui a fait un dessin de moi qui m’a tellement plu que je l’ai utilisé en illustration de mes cartes de visite.
Alors n’oubliez jamais de SOURIRE!”

Si vous voulez croiser Bob, quand il ne met pas le feu aux rues genevoises, voici quelques endroits qu’il aime beaucoup:
J’adore le jardin des cactus dans le jardin botanique, faire un tour en “bateau jaune” sur le lac et, comme tout le monde, les Bains de Pâquis. J’aime aussi le pont où passe le train là où les deux fleuves se rejoignent, toute cette zone est très agréable pour aller se promener.

Photographies © Nathalie Mastail-Hirosawa
Accéder à la version anglaise de cette chronique.

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