Despentes, Dalle, Zëro

Despentes, Dalle, Zëro

En dernière minute, grâce à la triple gentillesse du groupe, de l’équipe d’Antigel et de celle de l’Alhambra, j’obtiens une interview de Zëro lors de son passage à Antigel. Je me prépare donc à poser des questions spécifiques au parcours et au travail de ce groupe lyonnais. Actifs dès la fin des années 80 sous le nom de Deity Guns, un album produit – excusez du peu – par Lee Ranaldo des Sonic Youth, ils deviennent Bästard en 1993 et Zëro depuis 2006 (l’”umlaut” n’a pas un sens particulier, mais a servi de lien entre les deux noms).

Sauf qu’une fois arrivée à l’Alhambra, on m’amène dans une loge et je me retrouve face à une tablée, dont Eric Linder (co-directeur du festival) et les deux madones de rêves en fond de salle devant les miroirs lumineux. On me présente à Virginie (rencontrée l’an dernier à la Madeleine après la magistrale lecture du Requiem des innocents de Calaferte) et la sublime Béatrice Dalle. Mon cœur palpite à 200 à l’heure, j’en perds mon badge presse, mes idées ou toute structuration d’interview. Peu m’importe, c’est carrément bon et je voudrais bien que le temps se fige.

Je demande à Despentes:
Ta copine est tatoueuse (La Rata), j’ai vu que vous aviez un sorti une sorte de tarot/jeu de cartes en commun?
Oui. Elle a fait les dessins et j’ai écrit le livret.
C’est un poker illustré avec des icônes du rock (Bowie, Lemmy Kilmister ou Nick Cave pour ne citer qu’eux). Il peut être utilisé comme tirage divinatoire. Vous pouvez le trouver en ligne ici: Poker-Rock-Divinatoire, et même le commander directement par email: laratatattoo@gmail.com. On parle un instant du tarot et de l’excellence des tirages de Jodorowsky, que j’espère bien avoir le bonheur d’interviewer pour My Big un jour…

La (si bien) surnommée “Béa Bombe”, qui appelle sa comparse “Martin Luther Queen”, et son sourire me font définitivement perdre tous mes moyens: quelle incarnation ultime de la femme dans toute sa splendeur (oui, je suis raide dingue, mais comment pourrait-il en être autrement?). Virginie se moque gentiment de moi: Ça y est, tu bandes?
Mais c’est clair!
Et elle d’ajouter: C’est la moindre des politesses…

Oui, Béatrice mérite ça et toute la tendresse du monde avec. Elles sont hyper sympathiques, drôles, échangent des rires, mêlés d’une tendre complicité et de beaucoup d’humanité. Le bonheur.

On revient à l’interview et à la genèse de cette expérience. Après la première tournée avec les Zëro, Ghislaine Gouby (directrice de Scènes du Golfe à Vannes) leur offre une résidence pour concevoir un nouvel opus à délivrer à l’occasion du premier festival des Emancipéés en mars 2017. Despentes demande à son étoile d’amie (superbe actrice dans le puissant “Bye Bye Blondie”, adapté du roman éponyme) de les rejoindre sur ce projet. Dalle me dit avec le sourire en coin qu’elle aurait travaillé sur n’importe quel projet pour VD: “même si ça avait été l’île aux enfants”. Elle a adoré le Requiem de Calaferte et la suit en totale confiance. Toutes deux aiment Pasolini, il s’impose comme une évidence pour cette première scène commune. Parce qu’il y en aura d’autres, gardez vos oreilles ouvertes!

Lectures musicales à part, avez-vous d’autres projets ensemble? Pourquoi pas de tourner toutes les deux dans un film de Gaspar Noé, par exemple.
Oui, mais pas avec lui pour l’instant. On vient de participer à un court métrage, une Charogne de Renaud de Foville, financé par crowdfunding.

Jane (Virginie) et Mary (Béatrice), après avoir longtemps joué avec la mort, se retrouvent à nouveau ensemble et face à la grande faucheuse. Je ne vous en dis pas plus, il est en phase de finalisation et vous pourrez bientôt le découvrir.
Après ces quelques échanges, on descend dans la salle de l’Alhambra, le temps de quelques photos, et retour aux loges pour demander aux membres de Zëro (Éric Aldéa, Franck Laurino et Ivan Chiossone).

Ce qui frappe quand on lit des critiques sur votre travail c’est la récurrence des mots sans compromis.
Quand on est intermittent du spectacle en France, comment gère-t-on cela?
Très vite nous avons pu travailler en parallèle sur des projets de danse, des collaborations avec divers artistes,… et depuis deux/trois ans nous vivons de notre musique. Nous essayons d’être indépendants. Nous avons la chance d’être dans un circuit alternatif, plus underground, où on ne nous presse pas et nous pouvons faire ce qui nous plaît.
Comment avez-vous commencé à collaborer avec Virginie?
Nous la connaissons depuis longtemps. Avant qu’elle s’appelle Despentes.
Des actualités à venir?
Un nouvel album arrive pour fin avril. Et un ciné concert sur un film de Jean Painlevé (réalisateur et biologiste français) au prochain Festival international du film de la Rochelle.

Tous me parlent aussi du bonheur de tourner en Suisse, à Genève, et de leur envie de travailler ici, de trouver des résidences: mécènes bienvenus!
Si vous avez manqué ce passage à Antigel ou en redemandez, une prochaine date est prévue à l’Octogone en septembre, alors stay tuned!

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