Les nuits fauves genevoises

Les nuits fauves genevoises

Dans ce qui suit, nous ne vous dévoilerons pas le lieu, ni la date de la prochaine soirée. Pas plus que vous ne connaîtrez qui organise véritablement ces fêtes underground. Car à l’inverse d’un quotidien genevois (dont nous tairons aussi le nom), nous autres Bigs pensons que certains secrets ne doivent pas être dévoilés. Que le secret en lui-même fait partie du concept…

Tout commence par une page Facebook ou un message sur votre Smartphone. Autant dire qu’il faut être connecté pour participer à ces fêtes temporaires. Et c’est là que toute l’ambiguité demeure: un évènement public c’est certain, mais pour un public averti uniquement. Le but n’est pas d’attirer la foule, ni lucratif, si ce n’est rembourser les frais relatifs à l’organisation (sono, DJs, générateur électrique, etc.).

Sur le message, les indications du lieu de rencontre et quelques conseils, notamment celui de véhiculer à vélo. Nous rajouterons qu’il vous faudra vous munir de votre Smartphone et d’y avoir au-préalable télécharger l’option “lampe de poche” car le lieu est insolite, entouré de noir obscur, seul le chemin menant à la danse et au son est éclairé par de petites bougies. Entre les graffitis et l’obscurité, une attention particulière est portée au détail: lanterne flottante, jeux de lumières, le dépaysement est total. Un bar éphémère vous accueille où le monde de la nuit peut se désaltérer et quelque peu s’enivrer, le tout sur la base de dons.

La toute première rave party nous vient de Londres dans les années 60′ mais ce n’est véritablement que dans les années 80′ que le mouvement underground est fondé, notamment avec la naissance de l’Acide House à Chicago. Manchester avec son Second summer of love en 1988 devient la capitale d’un style de musique interdit en radio: la techno. D’où la nécessité d’envahir des lieux en pleine nature pour réunir les amateurs. Si le rap, autre musique controversée (merci de lire notre article sur le Festival Groove N Move) est né dans la rue, la techno elle se libère en pleine forêt.
Dans le cas genevois, la presse utilise le terme de fête sauvage. Etrange comme l’histoire n’a de cesse de se répéter: 1905, le critique Louis Vauxelles assimile les artistes tels que Marque, Camoin, Derain, Manguin, Marquet et Vlaminck à des sauvages, en contemplant leurs oeuvres exposées dans la salle VII du Grand Palais parisien. Plus d’un siècle nous sépare des prémises du fauvisme et les comportements déviants, c’est-à-dire hors normes, subissent les mêmes jugements hâtifs et infondés.
A la base d’une rave party, il y a une idéologie avant tout: refus des valeurs mercantiles, une recherche de la transcendance à travers la musique dont les fondements sont archaïques. A l’image du fauvisme qui s’inspire de l’art primitif et se veut le représentant d’une humanité autre – celle des laissés-pour-compte de la société dans le cas de Rouault ou de Kees van Dongen – les nuits fauves genevoises sont une contre-culture. Et il est intéressant de noter cette renaissance en période de crise nocturne genevoise. Plusieurs institutions (alternatives ou pas) ferment leur porte: loyer trop élevé ou impossible à renouveler, multiples plaintes de nuisance sonore, force est de constater que le milieu de la nuit et de la fête genevoises se restreint et crée la polémique.

Si nous ne dévoilons aucun secret, si l’entretien que nous avons eu avec l’un des organisateurs ne sera jamais publié, nous pouvons cependant mettre un point sur nos i et une barre à nos t médiatiques: il n’y a eu aucun débordement. Aucune sauvagerie: si une certaine violence est palpable, elle ne l’est qu’artistiquement exprimée sur les murs et au travers du son, toujours dans le respect d’autrui, au sein d’un contexte de refus des valeurs imposées dans une société où une certaine population (car n’allait pas croire que seule la jeunesse assiste à ces fêtes) ne se reconnaît pas. Nous avons rencontré des artistes, confirmés ou en devenir, des graffeurs en particulier, des DJs, etc. Et chaque participant interviewé nous a tenu le même propos: “nous venons ici car à Genève, les boîtes de nuit sont trop aseptisées et nous y laissons la moitié de notre salaire. Ici, nous nous sentons libres de danser et d’apprécier un style musical. Ici, c’est comme si nous n’étions pas à Genève.”

Pour vous tenir informer, deux pages Facebook ouvertes au public. Le reste sur Pinterest en cliquant sur le lien web ci-dessous.
www.facebook.com/Lhamecon
www.facebook.com/oram.modular

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