Aujourd’hui, j’ai croisé… Garance

Aujourd’hui, j’ai croisé… Garance

Aujourd’hui, à J-16 du festival Electron, j’ai croisé Garance au sein de la librairie Bernard Letu, le nez dans The Amazing World of M.C. Escher. Mais à dire vrai, ces derniers temps, je la croise un peu partout dans notre cité: sous le soleil des tropiques pendant l’été genevois à La Pointe en compagnie du DJ Lius The-Zone, au Baby Boa, au Weetamix, à La Gravière, à la piscine de Liotard transformée en night-club où elle appliquait la méthode “Antigel” pendant le mois de février (un souvenir extraordinaire pour ma part)… sur Democracy son dernier opus chez Tulipa Recordings aux côtés de Werner Niedermeier.

Le chemin ne fut ni long ni particulièrement semé d’embuches pour cette genevoise baptisée et éduquée sur le son de musiques éclectiques que lui inculquent ses parents. Suivant son instinct, cherchant à satisfaire ses envies et ses pulsations créatives, elle a mené sa barque avec un enthousiasme à toute épreuve.
Elle me cite le squat les terreaux du temple, une ancienne boucherie Le Labo, le 2ème bureaucette époque où tout pouvait arriver”, cette époque où elle est âgée de 20 ans et construit ses repères musicaux, sans une once de nostalgie mais toujours à la recherche d’une sensation. Et ce qui la pousse à apprendre le Dj-ing, c’est son attrait pour un style musical peu répandu à ce moment-là dans notre cité: “une sorte de deep house très hypnotique et mélodieuse jouée notamment sur un label allemand Plastic City”. N’est-on jamais mieux servi que par soi-même? L’indépendance: une des clés pour comprendre Garance. La mélodie en est une autre.

Aujourd’hui, entre sa carrière professionnelle dans la communication et le Dj-ing, Garance intègre Les Arts Minis où elle rejoint La Forêt, tout en continuant à produire de la musique: ce n’est plus une barque au bord de laquelle elle navigue, mais un voilier, le vent en poupe.
Je lui demande donc si elle conçoit à l’avenir de ne plus jongler entre la com et le Dj-ing pour s’adonner pleinement à la musique?
La question s’est souvent posée; mais il est difficile à Genève ou en Suisse de vivre du Dj-ing. Ce qui rapporte finalement, ce sont les dates. Et il faut donc les accumuler pour s’en sortir financièrement. L’art a toujours été un hobby et c’est très certainement lié à mon éducation. Que ce soit la peinture, la photographie, la musique, les arts restent un hobby. Il en va de même pour la pratique d’un instrument: j’ai joué du fifre et de la cornemuse de manière très spontanée, ce qui m’a permis d’aller jouer à Edimbourg pour l’association Marie-Curie avec 10’000 autres musiciens en 2010. Mais cela s’arrête là. Je pense aussi avoir besoin d’un équilibre entre le monde de la nuit et ma vie quotidienne.”

Donc Garance a pratiqué la cornemuse et ne dort pas. Et voici à quoi ressemble 24h dans la vie de Garance:
Je suis chargée de com au Théâtre de l’Orangerie et j’ai quelques mandats de com en tant qu’indépendante tels que le festival Les Athénéennes. En parallèle, je suis label manager aux côtés de Ludivine Rodriguez pour les labels genevois fondés par Ladislav Agabekov: Caduceus Empirical et Caduceus Records. Et puis il y a évidemment le Dj-ing…. Donc en fait, j’émerge, à 9h je suis sur pieds. Je vais au théâtre, enchaîne 2-3 rendez-vous pour des mandats externes et en fin de journée, direction le studio… parfois jusqu’à tard. Le week-end, je prépare mes mixes et m’en vais mixer sur scène. Tout est assez chronométré. Parfois, je me dis que je dois me calmer et renoncer à quelques activités mais je crois que c’est dans ma nature d’être ainsi. Cette hyper-activité me nourrit.”

Garance hiberne de temps à autre, dans nos montagnes, le temps d’un week-end.
Je récapitule si jamais vous avez perdu le fil entre temps: Garance est DJ, a joué de la cornemuse, produit sa musique, manage deux labels genevois, travaille dans la com…
Je suis une grande timide. J’ai dû me dépasser pour me produire en public. Je n’ai pas de souvenir de recevoir une claque ou d’avoir buché sur un obstacle en particulier. Tout part d’un désir d’apprendre, de me dépasser et tout est une question de persévérance. Je n’ai jamais baissé les bras…

Qu’est-ce qui te pousse à ne jamais baisser les bras?
Quand la magie opère…
Et la magie, elle opère comment?
Je le sens, c’est quelque chose de physique. Quand je commence à mixer, c’est comme une rencontre, pas une rencontre individuelle mais avec beaucoup de gens. Oui, il y a des regards mais ce que je trouve intéressant c’est d’aller au delà de la perception, de dépasser ce regard et d’arriver à une communion totale avec le public. Et quand la magie opère, que le set s’enchaîne avec fluidité, cette réaction du public m’amène dans une sorte d’état de grâce. Et ce déclic est arrivé il y a peu de temps: il me semble avoir trouvé le juste milieu entre la spontanéité du set sur le moment et la préparation que je m’impose dorénavant avant d’aller mixer. J’ai pris conscience qu’on peut vite perdre le public et qu’une préparation des sets est prépondérante. L’analyse des morceaux en amont permet la maturation sur scène.”

Dans notre cité où la polémique culturelle atteint son paroxysme, penses-tu qu’il existe encore des lieux où des personnalités comme la tienne peuvent communier avec son public?
Bien sûr que oui. Nous avons la chance d’avoir des lieux et des festivals extraordinaires à Genève. Je pense au Silencio, intimiste, où j’ai acquis une résidence. L’Usine, La Gravière, Le Weetamix, Baby Boa… Le festival Antigel, Electron…

Et justement en parlant de l’Electron, la Bad Edition approche à Big pas, qui attends-tu avec impatience?
J’ai la chance de faire partie d’un line-up pendant une soirée avec de grands noms tels que Stephan Bodzin, Matthew Dear, Adam Beyer et Cubenx. Je ne pourrai pas aller voir Martin Buttrich qui lui sera au Cercle des Bains le même soir dès 20h. J’aimerai d’ailleurs remercier tout particulièrement Jérôme Soudan et tout le team Electron ainsi que Les Arts Minis pour non seulement avoir choisi l’un de mes morceaux pour le teaser du festival (il s’agit de l’EP Suzy) mais de croire aussi en moi et de m’offrir de telles opportunités.
Pour en revenir aux artistes, j’attends aussi la soirée Recondite à l’usine Kugler, Black Devil Disco Club, l’expo de Brian Eno mais j’aime aussi faire des découvertes…

Elle continuera à me citer pleins de noms d’artistes mais avant de la retrouver pendant la 13ème édition du festival Electron, j’impose le fameux Big questionnaire et il me tarde de croiser cette wonder-woman à nouveau, aux platines, au théâtre, en studio ou sur soundcloud…

Ta cantine officielle
Je n’ai pas de cantine officielle… des cantines occasionnelles je dirais, le Jeab pour manger Thaï, Chez Marius pour boire un coup, le Remor pour un frappé cannelle.
Chocolat noir ou au lait?
Je suis plutôt salée que sucrée…. du coup chocolat quel qu’il soit, mais au gros sel alors.
Ton objet fétiche
Mon ordi, toujours avec moi, ou presque..
Ton livre de Robinson
“The little book of Mindfulness”. Sinon durant mon prochain week-end d’hibernation, je vais terminer la trilogie des Neshov de Anne B. Ragde.
Un artiste sur ta playlist
Un groupe plutôt… Archive, totalement, absolument. Quelques artistes que j’affectionne particulièrement sont: Daso, Chymera, David Durango, Speaking Minds, Alex Niggemann, Guy J, Javier Orduna, Patrick Zigon.
Un site internet dont tu es accro
Soundcloud, une immense plateforme dédiée à la musique, un accès infini à un temps infini de sons en tous genres, le pied.
Jamais sans…
Mon vélo, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, il est ma liberté (surtout quand je rentre après mes mix). 

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