15min avec Il Est Vilaine

15min avec Il Est Vilaine

Premier rendez-vous incontournable à Genève de l’année 2017: Love The Beat au Zoo de l’Usine feat. Jean Charles de Monte Carlo, Il Est Vilaine et LuLúxpo. Une occasion en or de rencontrer le duo parisien de passage dans la cité de Calvin (pour la 2ème fois) et de converser quelques minutes avant leur live (et le live est en l’occurence une première pour Genève puisque l’année dernière, le duo est venu pour un DJ Set).
Simon (Il Est) et Florent (Vilaine) forment depuis 2014 le duo Il Est Vilaine. Un premier maxi est publié la même année dans la pure tradition du son analogique dont une version vinyle pressé à 250 exemplaires. Sur ce maxi, il y a El Topo que je découvre dans l’émission Let’s Dance des LuLúxpo sur Couleur 3… L’effet est immédiat et pourtant je n’ai pas encore l’image. La redondance du beat, le strident d’une guitare électrique, quelque chose de brut, de rock et d’enivrant, j’entends le ronronnement d’une Royal Enfield dotée d’un moteur culbuté et de culasses à double échappement sur laquelle je ride dans un film de Tarantino. Quand je découvre enfin l’image (sur une toute petite vignette d’iTunes), elle est signée Apollo Thomas qui en quelque sorte fait partie intégrante du duo puisque l’artiste illustre chacun de leur maxi.
3 ans plus tard (grosso modo), dans les backstages du Zoo, alors que JCMC est déjà aux platines, je me retrouve face à Il Est Vilaine, El Topo encore dans la tête…

Comment avez-vous rencontré les LuLúxpo?
Simon: je les ai rencontré il y a très longtemps au Batofar à Paris. À l’époque j’avais un label Dialect Recording (Pollux ajoute à cet instant: “super label“) et quand ils arrivaient, c’était Love is Power, tu ne pouvais pas les manquer. Le label a été créé en 2002 donc nous nous sommes rencontrés en 2003 ou 2004.
Florent: ça date les gars!!! Je crois que j’avais 12 ans à cette époque…
(Rires partagés)
Simon: et nous, on faisait déjà la fête…

Que vous apporte cet écart générationnel?
Simon: c’est une fontaine de jouvence. Avoir un jeune de 27 ans à tes côtés, c’est mortel. Techniquement, j’avais plus de background que lui mais lui m’a apporté la fraîcheur, des envies diverses et a brisé certains automatismes. Le premier track que nous avons fait ensemble, il nous a fallu une journée pour le composer et ce, de manière très spontanée.
Florent: pareil, je ne pourrais pas dire mieux.

Ne me faites pas les gros yeux en lisant ce qui suit, mais j’appelle cela la magie de la musique, quitte à sembler gneugneu. Simon et Florent se rencontrent derrière les platines d’un club parisien, tout de suite, c’est à travers la musique qu’une connivence prend naissance et accouche d’un maxi 4 mois plus tard. Si c’est pas de la magie, c’est quoi, je vous le demande?

Et quel premier maxi! Je saute sur l’opportunité de satisfaire ma curiosité et de demander le rapport entre El Topo et le réalisateur Jodorowski:
Florent: quand on s’est rencontré, parmi les références que nous avons partagé, il y a eu tout de suite La Montagne Sacrée. Ce fut un processus tout à fait naturel. Mais le cinéma n’est pas une influence prépondérante; ce fut le cas pour El Topo.
Simon: dans notre musique, il y a des choses assez psychédéliques, assez barrées qui nous inspirent. Donc le cinéma de Jodorowski a été une influence pour la composition d’El Topo. On s’imaginait dans un décor désertique, où tout se casse la gueule à un moment donné… c’est assez difficile de mettre des mots sur le processus créatif. Puis Apollo Thomas est venu apposer une imagerie de biker qui collait parfaitement à notre musique car on avait aussi West Side Story en tête, ce genre de loubards, le côté bande… À Paris, nous avons une véritable bande de potes: Christelle Noël confectionne nos tenues de scène, Apollo Thomas réalise nos visuels et Maximilien Douche du blog Oedipe Purple écrit certaines de nos paroles. Nous ne sommes pas seuls en studio. Si tu as écouté Une Petite Satu, c’est Maximilien qui a écrit les paroles.  Après, nous sommes influencés par plein de choses, on s’échange des livres, etc.
Florent: il y a une vrai émulation. Il se passe toujours quelque chose et on a la chance d’être dans cette dynamique de groupe et d’échanges. Cela nous permet aussi d’avoir du recul sur nous-même. Au bout du 3ème maxi, tu peux rentrer dans une sorte d’habitude; avec cet entourage, tu gardes le même style mais élargis tes horizons.

Et pourquoi ce choix de sortir votre premier maxi en vinyle à 250 exemplaires?
Florent: pour l’objet. Plutôt que d’avoir une vignette sur ton ordinateur, l’idée de travailler avec Apollo Thomas était justement de mettre en avant ce visuel à travers un véritable support.
Et le son aussi quand même non? Personnellement, quand j’écoute un vinyle, l’émotion est beaucoup plus forte qu’un MP3…
Simon: c’est clair. J’ai fait une ou deux fois que des sorties en digital. Et je trouve cela très décevant quand tu le vois apparaitre sur des charts. Par contre, quand tu reçois l’objet dans ton studio, que tu prends le disque dans les mains et que tu le mets sur ta platine, c’est une sensation que tu ne peux pas avoir avec le digital. Une petite production nous permet aussi, étant donné que j’ai un label, de gérer nous-même les ventes. Mettre le disque dans une enveloppe, apposer une adresse en Espagne ou au Japon…
Florent: … on se sent plus proche de notre public. 

Merci Prince soit dit-en passant et le duo a l’air assez d’accord quand les mots sortent de ma bouche.
Question flashback: un souvenir, n’importe lequel, là tout de suite, de votre duo?
Florent et Simon: il y en a tellement…
Florent: le dernier souvenir, une soirée à la Machine à Paris, organisée par le collectif Barbi(e)turix. Il y avait 1200 personnes et au bout du 4ème morceau, le public est monté sur la scène et nous avons bien déliré.
Simon: on a aussi organisé des soirées à nos débuts avec Chloé… Dès qu’on tourne, le fait d’être deux, on amasse une quantité d’anecdotes. Je ne me verrais pas tourner seul. 

Une soirée avec Il Est Vilaine, rime avec….
Florent: fête…
Simon: … surprise
Florent: énergie, pas sérieux…
Simon: … surtout pas sérieux et musical. On aime embarquer le public…
Florent: … dans des univers différents.
Simon: c’est un voyage en fait. 

À ce stade de l’interview, une centaine d’autres questions me viennent à l’esprit; je ressens une telle énergie entre le duo, entre les va-et-vient des LuLúxpo, une espèce de positivité capable de surmonter n’importe quel obstacle et je l’accueille à bras ouvert en ce début d’année car 2016 a été un millésime de mauvaises surprises, de déceptions, de tristesse et me laisse encore un goût bien amer (je pense à Trump, mais surtout à Prince, à Bowie, à George Michael et bien d’autres choses encore qui relèvent de la sphère privée): j’aimerai tant que cette nuit ne s’arrête jamais. Bien sûr qu’au travers de la musique, LuLúxpo vs Il Est Vilaine fait du sens; cependant lors de cette rencontre, je comprends aussi qu’il y a des synergies de caractère et une manière de concevoir la vie qui est commune dans les grandes lignes. Ce sont les fameuses good vibes que Loulou et Pollux ne cessent de me répéter. L’une de mes amies parle de signes, d’autres font référence à une certaine ouverture d’esprit. Et quand vous les ressentez, ces good vibes, vous lâchez prise et vous avez l’ultime conviction d’être non seulement vous-même, mais d’être au bon endroit, au bon moment… Libre comme un électron.
L’heure tourne, et, non sans regret, vient le moment de la dernière question avant de les admirer sur scène. Et là, je m’arrête car aucun mot ne peut expliquer un son, un line-up de DJs qui oscillent sur les mêmes ondes mais s’accordent différemment. Si vous avez manqué cette soirée et bien tant pis pour vous. Ce n’est pas faute de vous avoir prévenu.

Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année?
Florent: plus de live, plus de maxis, plus de temps pour faire du son et le partager…
Simon: encore de la musique, encore et encore…
Florent: so cliché!

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