Aujourd’hui j’ai croisé… Kalonji

Aujourd’hui j’ai croisé… Kalonji

Aujourd’hui j’ai croisé Jean-Philippe Kalonji alors que débute ses rendez-vous d’artistes (chaque premier dimanche du mois jusqu’en décembre) en compagnie de son fidèle ami Serval au Musée d’Art et d’Histoire.
Né à Genève, il est autodidacte et ce ne sont pas les écoles d’art mais New York, Londres, le Japon et une multitude de rencontres qui vont peaufiner sa plume d’illustrateur, de peintre et d’artiste graphique.

Et tout commence par une rencontre avec Rodrigo Antunes, dessinateur, à l’âge de 16 ans: “c’est lui qui m’a ouvert à l’art séquentiel étant jeune adolescent. Il m’a expliqué que si j’aimais le dessin, alors il fallait embrasser tous les arts. Le dessin, c’est d’abord l’observation. La technique, elle, viendra après.. Il faut être un acteur du monde pour le retranscrire.”

Cadet d’une fratrie de quatre enfants d’origine congolaise, muni de ses crayons et de son carnet de dessins de la Migros, il passe son temps à dessiner et s’éloigne des bancs de l’école bien trop formatés. Il signe sa première BD en 1992 aux éditions Atoz: Street Nations raconte le mouvement hip-hop dans lequel il évolue. Il intègre ensuite la revue genevoise Sauve Qui Peut.
Alors comment explique-t-on à son Père chirurgien cardio-vasculaire qu’on veut devenir artiste et qu’on part pour New-York?
Il faut comprendre que mon Père s’est battu pour se faire un nom ici à Genève et pour lui que son fils devienne artiste était inconcevable. Heureusement il y avait maman… Il y a eu des conflits culturels et de générations. À table, lorsque nous recevions à dîner et quand la question du devenir du petit de la famille se posait, mon Père grinçait des dents. Alors j’ai décidé de lui prouver le bien-fondé de ma démarche et provoquer sa fierté. Il a financé ma première bande-dessinée. Rodrigo Antunes m’a fait une liste du matériel nécessaire et je me souviens de débarquer à la papeterie et de demander le prix de toutes les fournitures afin d’en faire le compte rendu à mon Père.
Je pars à New-York à l’âge de 19 ans pour me nourrir de toute cette atmosphère créative, je suis donc les conseils de Rodrigo Antunes de voir le monde, de m’en imprégner. Entre 1994 et 1996, j’enchaîne les aller-retours new-yorkais. Et j’intègre la communauté d’illustrateurs, photographes, artistes notamment aux côtés de l’artiste genevois Grotesk. J’ai alors pris conscience qu’avec le dessin, je pouvais m’adapter à tout type de projet artistique et en même temps adapter mon style au fur et à mesure. Ma rencontre avec Josh Cheuse de SonyMusic a été déterminante et c’est ainsi que j’ai illustré l’album The Ecleftic de Wyclef Jean. Les Etats-Unis te mettent en condition pour donner le meilleur de toi-même; leur enthousiasme est immédiat pour “do the best as you can”. Là-bas, on te donne ta chance…”

Et cette fascination du Japon, que l’on retrouve dans vos oeuvres, d’où vient-elle?
Mon Père est un amoureux de films de Samouraï. Je me souviens quand il rentrait de ses opérations et regardait sans cesse l’adaptation de Sydney Pollack “Yakuza” qui met en scène Robert Mitchum et Ken Takakura et celui de Kurosawa, Les 7 Samouraïs. Devant l’écran, il me demandait de venir m’assoir à ces côtés et ce monde m’a fasciné. L’effet Bruce Lee est aussi incontestable. Cette passion de l’Asie est donc venue avec les films et ma pratique des arts martiaux. C’est à New-York lors d’une soirée organisée par l’ambassade japonaise à laquelle j’ai été convié par les managers de Sony que j’ai rencontré la représentante d’une agence d’illustrateurs au Japon. Elle m’a demandé de montrer mon portfolio le lendemain dans leur succursale new-yorkaise. Puis je suis revenu à Genève quelques jours plus tard où j’ai reçu un email de l’agence qui me conviait au Japon. À mon arrivée j’ai subi le syndrome de Lost In Translation. 

Artistiquement, Kalonji s’imprègne de tout: la rigueur et la justesse, le vide et la maîtrise du geste, la technique de l’encre de Chine et les estampes, le lien entre l’art et l’artisanat. Effet de mimétisme… “Le Japon m’a beaucoup apporté”. Aujourd’hui, Kalonji est l’auteur de plus d’une dizaine de bande-dessinées. Sa plume est au service d’univers éclectiques à l’image de son parcours: Yohji Yamamoto, les Jeux Olympiques de Londres, Vanity Fair, Amnesty International , Stop Suicide, etc. La dernière en date – In Bed – résulte d’une collaboration avec l’artiste Lydia Frost aux éditions Delcourt et dissèque les rapports amoureux et charnels des couples.

En fait, quand vous écoutez Kalonji s’exprimer, c’est comme une bande-dessinée: ces récits sont imagés et très détaillés. Le temps s’arrête et les pages défilent au sein desquelles les rapports humains sont primordiaux. Kalonji a faim, très faim et se nourrit de tout ce qui l’entoure. Une véritable éponge qui absorberait chaque fragment du vécu.
Votre dernière exposition fut collective aux côtés de Serval et vous revoilà en sa compagnie pour des rendez-vous d’artistes au MAH. Serval et vous, vous êtes inséparables ces derniers temps?
Serval est un ami d’enfance. C’est ici que nous avons grandi et Genève est un vivier de créativité, même si on se fait flinguer quand on ne rentre pas dans tel ou tel courant.
Nous nous retrouvions pour parler des classiques de l’art. Et ces rencontres se faisaient souvent au MAH. Je me suis rendu compte que je n’étais donc pas le seul à passer des heures au musée, muni d’un carnet à croquis. Il en va de même pour l’artiste Alyâa Kamel, raison pour laquelle elle participe à nos rendez-vous d’artistes. Les thèmes de chaque rencontre ont été choisis par le conservateur responsable du secteur Conservation-restauration du musée: Victor Lopes. Tout a donc un sens dans ces rendez-vous. Il n’est pas question de reproduire les tableaux mais d’interpréter ce que nous voyons. Nous allons constituer une sorte de laboratoire à la recherche de croquis et utiliser différentes techniques. Serval va s’attaquer au pastel alors qu’il est graffiti artiste. Ce que nous proposons au public, c’est d’être témoin de ce processus de création. Et à la fin de ses rendez-vous, en fin d’année, une exposition intra-muros aura lieu qui s’inscrit dans l’année de l’illustration en Ville de Genève.”

Et vous n’allez peut-être pas me croire, mais c’est à ce moment-là, au sein de la librairie d’art Bernard Letu que Victor Lopes en question entre. Récemment, il a collaboré au traitement des volets peints de l’autel de la cathédrale de Genève par Konrad Witz. Et la salle Konrad Witz au MAH fut le lieu du premier rendez-vous d’artistes – Le Lac Des Signes – dimanche dernier. Kalonji me disait que tout a un sens.. et je crois bien qu’il a raison.

Un lieu qui te ressemble
Le lac, un peu changeant… Je m’adapte comme l’eau. 
Ta cantine officielle
Le Bar du Nord et L’Echalotte. 
Chocolat noir ou au lait?
Au lait!
Ton objet fétiche
Mon technalo 3B. 
Ton livre de Robinson
La Pierre et le Sabre d’Eiji Yoshikawa. 
Un artiste sur ta playlist
Miles Davis.
Le super-héros que tu aurais voulu incarner
J’hésite entre Magneto et professeur Xavier. 
Un site internet dont tu es accro
Pinterest. 
Jamais sans…
Ma famille.

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