Kino Kabaret

Kino Kabaret

Le Kino Kabaret Genève est sur le point de clôturer sa troisième édition ce jeudi, et à l’aube de la dernière série de projections au cinéma Nord Sud, je me remémore le stress palpable qui envahissait le petit local que mes deux acolytes, Sandrane et Damien, occupaient à deux pas de l’Usine au moment des les interviewer…

Comment vous sentez-vous à une semaine du coup d’envoi?
Sandrane: “Fatigués! (rires) mais hyper drillés là. On vient d’avoir un rendez-vous avec le Nord Sud, et il nous sera possible d’utiliser l’espace pour deux de nos projections, le 25 et le 28. C’est le dernier cinéma d’antiquité, donc on est hyper content! On est allé rencontrer cette dame dont c’est la troisième génération à s’occuper de ce lieu et il y a une vrai âme. A l’entrée il y a même le premier projecteur 35 mm…”

Damien:  (il complète) “…à charbon.
Non, c’est un vieux cinéma à l’ancienne avec une entrée magnifique, tout est en moquette sur les murs. Il y a encore un look provenant des années… (réflexion) enfin, il a ouvert en 52, je ne sais pas si cela a été refait depuis, mais tout est dans des teintes brun, orange, comme cela… C’est un peu un charme désuet si tu veux, mais dont on sent le retour à la mode. C’est plein de vieilles affiches …et puis la réalité fait qu’il y a de moins en moins de grandes salles et celle-ci fait partie des quatre cinémas indépendants qui vont être refaits ces deux prochaines années. Actuellement, elle a une capacité pouvant atteindre 305 places (je crois) et il vont la transformer pour faire une salle de 220 et une autre plus petite salle attenante comme c’est de plus en plus le cas. Nous cherchions une salle de plus de 200 places, car c’est le nombre de personnes ayant pris part à Kino l’année dernière (196 pour être précis) qui remplissaient la salle du Grütli de 200 places. Nous avons l’espoir de faire venir des personnes extérieures grâce au Ciné Concert notamment qui aura lieu le samedi 23 janvier à l’Alhambra qui est une beaucoup plus grande salle encore.” 

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Parlez-moi de votre expérience Kino. C’est toi Sandrane, sauf erreur, qui a embarqué Damien là-dedans?
Sandrane: “Ouais, j’ai pu personnellement découvrir l’univers du cinéma à Montréal (je me suis reconvertie), et à peine arrivée sur le sol québécois, j’ai découvert ce mouvement qui m’a permis d’être au contact d’une centaine de techniciens et réalisateurs…”

C’est très répandu là-bas?
Sandrane: “Bah il est né à Montréal ce mouvement de réalisateurs… (elle se tourne vers Damien) T’aimes bien en parler toi de comment c’est né!”

Damien: “… Ben disons que quand j’ai entendu comment c’est né, l’histoire m’a parlé car c’est quelque chose que l’on retrouve dans le milieu de la production. Là-bas comme ici, c’est ce long processus de demandes de fonds, accompagné de dossier, de réécriture, de dépôt de dossiers… La réalité c’est que pour monter un projet de film ici, et je parle même de court métrage, cela prend facilement deux ans, parfois plus. Faire des films, cela implique beaucoup de gens, et beaucoup de gens, forcément ça coûte. C’est la réalité… C’est donc un groupe de réalisateurs qui, fatigué d’attendre, a commencé à se dire “bon allez, je t’aide à faire ton film, tu m’aides à faire le mien” et puis tous les mois, les réalisateurs se sont donnés rendez-vous dans une salle de projection et chacun a amené un film et l’a projeté. Ils ont commencé comme cela en petit groupe.

Mais le Kabaret n’existait pas encore à ce moment là?
Damien: “Non c’était au départ l’initiative de quelques réalisateurs…”

Celle de créer un mouvement? 
Damien: Non, l’idée n’était absolument pas de créer un mouvement, mais plutôt de faire des films. Ils se sont imposés le challenge de produire un film par mois jusqu’au soir où ils se sont retrouvés avec 39 films et 250 personnes qui voulaient voir ces films… et ils se sont naturellement dit, “mais là il y a un truc qui se passe là”. De là est né ce qu’ils ont appelé les cellules – la cellule Kino à Montréal – puis le Kabaret. 

Comment percevez-vous l’opportunité d’un Kino Kabaret? Est-ce l’occasion de faire un film abouti ou de faire des tests en amont d’une production plus importante?
Sandrane: “Je pense que tu peux trouver de tout en fait. Autant à Montréal, les réalisateurs sont habitués à travailler dans cet état de spontanéité, et ils en font des bijoux. Alors en trois jours, il manque certainement toute la partie de post-production, au niveau de l’étalonnage ou du mixage son, mais en soit, le film est abouti. Après cela reste un espace où il est possible – autant pour les passionnés ou les jeunes qui terminent une formation – d’expérimenter, de rencontrer un réseau, de passer du documentaire à la fiction.” 

Damien: “… nous définissons le Kabaret comme un laboratoire de création cinématographique, et dans ce laboratoire, comme le dit Sandrane, il y a plusieurs niveaux. C’est un moment où il est permis de faire des erreurs, non compétitif, et c’est surtout un espace d’acquisition de pratique. Je reprends souvent ce dicton, c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en réalisant que l’on devient réalisateur. Ici, les gens ont tellement rarement l’occasion de faire des films que c’est une occasion de pratiquer. Je participe à des Kinos ailleurs, et en deux ans, j’ai déjà fait cinq courts-métrages. Si cela devait être fait dans un processus habituel, j’en ferai peut-être un, tout au plus.”

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Quelle serait votre victoire à la fin de cette troisième édition ?
Damien: “On vient de finir récemment notre bilan. A cette occasion, on a remarqué que nous avions un tiers de professionnels, un tiers de professionnels en devenir, et un dernier tiers d’amateurs passionnés. Alors c’est assez joli cette parité, reste que nous faisons tout de même partie du milieu professionnel et que l’on souhaiterait voir naître de beaux films. Notre victoire serait d’avoir un peu plus de participation venant des professionnels qui permette aux autres participants d’en bénéficier et de créer plus d’échanges. Comme le disait Sandrane, nous ne sommes pas là pour proposer une alternative au réseau traditionnel, mais bien quelque chose de complémentaire à la production artisanale. C’est vraiment un espace parallèle qui fonctionne “avec”.”  

Sandrane: “Moi je dirais – pour compléter ce que tu dis – que cet espace que l’on offre permet à la fois un développement de la création spontanée, un retour à l’instinct en somme… Qu’il y ait une vraie reconnaissance de cet espace là comme étant une brèche favorable à la poursuite de leurs projets, de leurs métiers, de leurs recherches sans qu’il n’y ait de scissions. Que cela porte autant la création locale que celle internationale, car on a tout de même envie de faire venir d’autres professionnels de l’étranger, notamment de Belgique, de Montréal, de France, d’Allemagne de sorte que Genève devienne un phare parmi les destinations Kino…”

Photographies ©  Alba Knobel
Jeudi 28 janvier dès 21h
Cinéma Nord Sud, rue de la Servette 78
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