15min avec Olivier Cachin

15min avec Olivier Cachin

1988, L’Affiche: Le Magazine des autres musiques, premier périodique français consacré au rap, c’est lui. 1990, Rapline sur la chaîne M6, l’émission musicale dévouée à la culture hip-hop, c’est encore lui. Hip-hop, L’authentique histoire en 101 disques essentiels dont la préface est signée Joey Starr, c’est encore et toujours lui.
Sur son compte twitter, il se décrit ainsi: “17 bouquins, La Sélection Rap sur Mouv’, Rock&Folk, RF1, Le +, VSD, Inrocks, L’Optimum. Je ne suis pas plus intelligent qu’un ordinateur.”
Il y a donc des matins comme ça, où l’on se lève pour recevoir un coup de fil d’un gourou de la culture hip-hop quelques jours avant sa venue dans notre cité, le 10 décembre, dans le cadre d’une conférence organisée par la Maison de l’Histoire: Hip-hop: 40 ans d’histoire. De l’ombre à la lumière… Il y a des matins comme ça, où l’on se lève pour interviewer Olivier Cachin pendant 15 minutes.

Pourquoi le hip-hop et pas le jerk, ou le hula-hoop ou la pop?
Je pense que le hip-hop ou la musique rap est la dernière aventure du XXème siècle; elle est à l’origine de beaucoup de changements et de mutations et elle a apporté de la nouveauté. Elle a contribué à faire évoluer la technologie dans la musique puisque c’est une musique qui très tôt a fait usage de machines et d’échantillonneurs de sons. Et aussi tout simplement parce-que cette musique a révélé toute une génération d’artistes issue des quartiers populaires ou pauvres des Etats-Unis ou d’ailleurs. Elle a ainsi prouvé que la poésie, la fantaisie et la musique ne sont pas uniquement l’oeuvre d’une élite; qu’il est question avant tout de communiquer une émotion. Et cette musique permet justement de transmettre des émotions, sans bagages universitaires ou techniques.”
Vous représentez tout de même, notamment dans Rapline, une sorte d’anti-thèse du mouvement hip-hop avec votre costard (même si cela était mis en scène sciemment) et votre langage soutenu; comment êtes-vous devenu le protagoniste de ce mouvement, quel a été le moment déclencheur?
Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, la chanson déclic il y en a effectivement une. C’est The Message de Grandmaster Flash. Cette chanson m’a retourné; j’avais l’impression de voir un film alors que j’écoutais un morceau, tellement l’approche était visuelle dans les paroles et les images, c’était fabuleux. Le premier genre musical auquel je me suis intéressé alors que j’étais adolescent était le punk. J’ai toujours aimé comprendre ce que les artistes ou les groupes tentaient d’exprimer. Que ce soit avec les Pistols au début, puis Joy Division par la suite, j’ai toujours voulu analyser les paroles en plus de la mélodie. Etant donné que le hip-hop, et plus particulièrement le rap, est un genre musical principalement basé sur les paroles. Ce genre possède une capacité à raconter une histoire, ce qui était un peu plus vrai autrefois un peu moins maintenant, et ma fascination provient de ce fait: cette façon de décortiquer des paroles et de les mettre en avant. Aujourd’hui, il y a beaucoup de punch lines, mais je préfère un style plus narratif. Le morceau d’Eminem Stan est un parfait exemple, sorte de petite nouvelle. Et c’est ce qui me séduit le plus.”

Un souvenir – mythique évidemment – de Rapline (1990-1993)?
Il y en a tellement! Par exemple, ma première rencontre avec Suprême NTM qui était assez étonnante. Ils avaient une arrogance extraordinaire et une grande méfiance envers les médias. Nous étions venus pour tourner un petit clip de leur premier morceau de rap sur leur album Rap Attitude pour l’émission et nous arrivons donc à St Denis avec le réalisateur François Bergeron et toute l’équipe. Kool Shen m’interpelle aux premiers abords en me demandant si je suis l’auteur de l’article sur Rap Attitude. Je lui réponds par l’affirmative car j’avais en effet chroniqué l’album et il me dit “ce que tu écris sur les autres groupes, ça va sauf pour nous car nous on est bon”. Il était donc déjà surprenant de témoigner de leur assurance totale. Et au moment de tourner le clip, Suprême NTM m’informe qu’ils ont un autre morceau, meilleur, qui s’appelle “Le Pouvoir”. Moi je suis ravi. Par contre, le morceau n’est pas fini, il n’y a que la partie instrumentale. Nous nous sommes donc retrouvés à enregistrer un morceau sans paroles, sans la version finale. Ce qui explique pourquoi à l’arrivée, le morceau est doublé comme un film de kung-fu puisque les synchronisations sont loin d’être idéales. Mais ils avaient une telle énergie et une telle puissance que ce moment est inoubliable. Mais il y en a eu tellement d’autres.”

Quelle a été votre révélation de cette année 2015? et pourquoi?
“Ma révélation 2015 est un groupe dont le premier album date de mars dernier et qui vient de sortir son nouvel album il y a 15 jours de cela: PNL (signe de Peace N Lovés) originaire de la cité de Tarterêts à Corbeil-Essonnes, un quartier très difficile. Leur musique ne ressemble à aucune autre: elle est atmosphérique, planante d’une certaine façon. Les paroles quant à elles n’apportent pas de nouveauté: les thèmes sont fidèles au rap classique, cela parle de vendre du shit dans l’escalier, de la solitude en banlieue. Mais ils ont une patte unique. Leur album est pour moi la grande révélation 2015. Les deux frères Ademo et N.O.S apportent quelque chose qui m’est difficile à décrire mais en tout cas, cela n’a jamais été entendu.”

Un coup de coeur passé inaperçu dans les Bigs médias?
… L’artiste qui me vient à l’esprit n’est pas passée inaperçue dans les médias, elle ne communique quasiment pas en fait avec les médias. Il s’agit de Keny Arkana qui est silencieuse depuis plus d’un an, un an et demi. Véritable personería, elle transmet beaucoup d’émotions, beaucoup de rage. C’est une rappeuse exceptionnelle que j’aimerai voir revenir sur le devant de la scène car sa voix nous manque.

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