Le Petit Prince du Globe

Le Petit Prince du Globe

Le Vendée Globe suscite autant d’admiration que d’interrogation… il laisse songeur le commun des mortels sur la folie de ces hommes qui, pour la grâce de l’instant, ou le souhait de se transcender – qui sait? – se risquent dans des contrées moribondes, au péril de leurs vies. “Ce n’est que de l’eau” disait Alan Roura – mon frère, 23 ans – en amont de son départ. Après avoir pris le large dans un costume de Corto Maltese de situation, traversant une foule gigantesque de gens venus acclamer ces héros prêts à braver le globe… Après avoir rasé les côtes brésiliennes pour obtenir du réseau susceptible de réparer son système de communication. Il a lâché depuis. Après avoir envoyé des fleurs depuis le Grand Sud à sa dulcinée puis fêté Noël en présence d’Eric Bellion et Elda O’Coineen, bord à bord. Du jamais vu. Après avoir manqué couler au milieu du Pacifique, réparant son safran dans le creux d’une tempête, trompant son monde. Les trois caps passés (Bonne Espérance – Leeuwin – Horn), le voilà voguant dans l’hémisphère Nord, prêt à pointer son étrave sur Olonna et boucler la boucle, la barbe au vent. À une dizaine de jours de son arrivée, voici une interview différée. Des images sélectionnées par le frère qui parlent à l’Homme seul en mer depuis plus de 90 jours. Du fond des tripes.


Un défi, peut-être une folie, mais après la Route du Rhum – qui pour moi s’est arrêtée brutalement – j’ai voulu reprendre le large avec ce même bateau (Exocet), avec comme objectif la Transat Jacques Vabre. Une course en double, du Havre à Itajai.
La course au large pour moi est une passion, une aventure mais aussi un surpassement de l’humain dans des conditions hostiles. Je voulais partager cette course avec mon père, je trouvais qu’il y avait une belle histoire à écrire entre un père et un fils sur une aussi longue aventure.
Malheureusement, le destin en a décidé autrement, les tests médicaux poussés de la course au large ont laissé mon papa sur le ponton et non avec moi sur le pont de ce magnifique bateau.
Il a fallu trouver quelqu’un pour le remplacer car je n’allais pas en rester là.
N’ayant pas une tune en poche, un bateau à faire courir et une transat à terminer, l’idée de monter un club, “le Club 103” est venue. 103 comme le numéro du bateau, un club pour regrouper un maximum de personnes qui pouvaient nous aider financièrement.
Quelque jours avant le départ, je voulais mettre ma dernière touche sur la coque d’Exocet. Au lieu d’avoir un bateau rempli de sponsors (que nous n’avions pas), ou de causes que l’on supporte habituellement, j’ai préféré que mon bateau – et que cette course – soient dédiés à mon papa. Pour lui montrer que nos efforts avaient payé et que le bateau serait au départ.
Une histoire incroyable que cette Transat Jacques Vabre, une 10ème places à l’arrivée au Brésil et une grande fierté d’avoir réussi ce défi. Un beau partage entre une bande de potes et la famille comme soutien à cette aventure. Et une arrivé des plus émouvantes.
Ce bateau restera dans mon coeur car il m’a beaucoup apporté et donné beaucoup de plaisir. Ce genre de projet, même si on est loin du monde, car on est sur l’eau, cela rapproche étrangement beaucoup.

Je crois que de voir une photo de ce bateau me donne toujours les frissons, même les années passées!
Que dire de cette incroyable deuxième maman? Car au fond, ce bateau a été plus plus qu’une simple coque. Ça a été ma maison pendant de longues années et c’est surtout la raison pour laquelle je suis toujours sur l’eau aujourd’hui.  Exprimer ce que je ressens à propos de la Ludmilla est très dur. Un mot me vient pourtant à l’esprit, c’est “Liberté”.
J’ai passé une vie incroyable à son bord, à voyager à travers le monde, à surtout le découvrir.
Cela a été pour moi l’école de la vie, mon école à moi. Je ne sais pas où ce bateau est aujourd’hui, ni ce qu’il devient, peu importe au final, car l’image que j’en ai, c’est celle du bonheur absolu!


Un bateau, une terre, cela fait rarement mon ménage. Bernard Stamm sur le Vendée Globe 2008. La perte d’un bateau, ce n’est jamais un bon souvenir, je touche du bois car ça ne m’est toujours pas arrivé!
Je pense que je vois l’image d’un des plus grands marins du globe, qui malheureusement n’a pas beaucoup de chance. Mais une idole pour moi. Ce genre de marin où on a des posters dans la chambre, en se disant : “Un jour je serai comme lui”.
Je vois aussi les couleurs de son bateau, celles qu’a aussi porté le bateau sur lequel je navigue. Et oui, je suis sur un ancien bateau de Bernard et c’est une très grande fierté de prendre la barre d’un ancien Cheminées Poujoulat.
L’ancien bateau d’un incroyable marin qui vient de battre le Trophée Jules Verne. J’espère le voir à mon arrivée aux Sables d’Olonne et qu’il puisse venir voir son ancien bateau, qui aura peut-être fini son premier tour du monde en solo et sans escale.

La Graciosa… Une petite île des Canaries, surtout un petit coin de paradis. Cela fait bien longtemps que je n’y suis plus retourné, mais ce n’est pas l’envie qui me manque. Une tranche de vie, du sable, des pêcheurs. La vie est un long fleuve tranquille… J’ai peur d’y retourner et de voir le changement, les années ont passé et c’est toujours dur d’avoir un bon souvenir et d’être déçu de ce que l’on retrouve après quelques temps. Je resterai donc sur ces très bons souvenirs, à vendre des colliers sur la place du marché, aller à la pêche aux calamars et prononcer mes premiers mots d’espagnol.
C’est vraiment le genre d’endroit où l’on a envie que ça reste pur et simple. Mais les îles des Canaries sont aujourd’hui bien touristiques…

Encore une fois les mots ne me viennent pas. Ce qui est sûr, c’est que sans eux, je ne serais pas là où je suis en ce moment. Ils ont tous mis leurs vies de côté pour se consacrer à mon projet, à m’aider à prendre le départ du Vendée Globe 2016. Nuits et jours à se relayer pour que les travaux avancent plus vite, à me soutenir même quand il y a eu des moment compliqués. Encore aujourd’hui, pendant que je suis en train de faire des ronds dans l’eau, ils dorment avec leurs téléphones, à veiller que tout se passe bien pour moi.
Cette course est un travail d’équipe et jamais je ne saurai comment leur dire merci.
Peut-être que de finir cette course, ce sera déjà une grande récompense pour tous.
Nous n’étions pas des pros dans ce milieu, on est restés dans l’ombre à monter ce projet et le faire vivre, mais mieux vaut être petit chez soi que grand chez les autres! 

Aujourd’hui nous avons fait 90% du tour du monde et c’est une grande fierté je pense pour tous.

ALAN ROURA | 94ème jour en mer
Arrivée d’Alan Roura prévue entre le 15 et le 20 février 2017, aux Sables-d’Olonne. 


#VG2016 | Alan Roura sur La Fabrique par AlanRoura

CLOSE
CLOSE