Roaditude

Roaditude

Un magnifique magazine semestriel genevois, nous racontant en mots et en images des histoires de la route, a sorti son tout premier numéro le printemps passé. Les articles, écrits dans la langue de Molière par différentes personnes à travers le monde, nous emmènent au delà des frontières et des mers, traçant une ligne intéressante entre les pays (pour ce numéro, de la Serbie aux Etats-Unis).

La route 66 en est bien sûr l’icône indétrônable: ce long ruban de ciment, né en 1926, traversant d’est en ouest 8 états américains, ouvrit la voie à des milliers de personnes rêvant naïvement de faire fortune sous le soleil californien.12 ans de travaux seront nécessaires pour recouvrir entièrement les 3’940km de bitume qu’elle déroule impitoyablement de Chicago jusqu’à Los Angeles. Officiellement déclassée en 1985 suite à la construction de l’interstate Highway System, elle regorge encore de pompes à essence en ruine et d’anciens motels à l’abandon: des demeures aux allures ternes, ridées et bon marché, aux odeurs de tabac froid et aux relents d’alcool, où joueurs de poker et bandits de grand chemin se réfugiaient incognito, avant de disparaître illico, dès les premiers signes de l’aube.
Les écrivains sont nombreux à l’avoir empruntée, puis décrite impétueusement dans leurs œuvres, il est ainsi impossible de parler de la route sans mentionner un nom, celui de Jack Kerouac. Auteur du célèbre livre “Sur la Route”, générateur du mouvement de la Beat Generation qui a remis en question la politique et le comportement d’un pays, l’homme aux semelles de vent a parcouru toutes les routes des Etats-Unis à plusieurs reprises: en stop, en bus ou à pied, seul ou accompagné, un stylo entre les dents écrivant fougueusement des mots retranscrivant ses états d’âmes et ceux d’une Amérique double face, laissant quelques traces indélébiles derrière lui.
Ce livre, il l’a écrit à l’image de la route: de façon continue, rapide, sans peser les mots, économisant une relecture, s’épargnant même le temps de changer de feuille. En effet, il a utilisé la méthode de la prose spontanée en dactylographiant ses écrits sur des rouleaux de papier qu’il a scotché les uns aux autres, atteignant la longueur incroyable de 35 mètres.

Roaditude interview le biographe de Kerouac, Yves Buin, qui nous transmet sa vision du bonhomme, pose les décors d’une vie mouvementée vécue au jour le jour, restitue le récit dans le temps et nous décrit le caractère du personnage d’une manière clair, sincère et élogieuse.
Tout comme le magazine, je pense aussi à plein d’autres personnes qui ont dû l’emprunter, cette route. Non par choix, mais par obligation: forcer de quitter leur domicile, tous les réfugiés et exilés ont parcouru d’interminables kilomètres au bord de routes abominables et interminables.

Pour conclure, Roaditude est un hommage à la route et à celles et ceux qui l’ont empruntée hier et qui l’emprunteront demain, une ode à la rencontre de soi et des autres en son croisement.

Visuel © Gregory Favre, Roaditude No1 (avril 2016)
Disponible en ligne, livraison en Suisse / En kiosque
Prix: 14.- plus frais de livraison (15.80.- avec les frais de livraison pour la Suisse)

Roaditude N°1 from GEHRI FILMS on Vimeo.

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