Tout change car rien ne change

Tout change car rien ne change

En ouvrant la porte de son atelier, les vestiges de ses expositions passées me sont revenus en mémoire subitement. Comme si rien n’avait changé et pourtant, tout a changé.
Rien n’a changé car je reconnais ses traits (de pinceau), sa manière de parler, de se mouvoir, de s’intéresser à l’autre.
Et tout a changé aussi depuis l’époque où elle exposait à la rue des Bains. Délaissant l’art abstrait, l’artiste égypto-suisse Alyâa Kamel s’est peu à peu dirigée vers l’expressionnisme. Little Alyâa est née entre temps, l’amour est venu frapper à sa porte, le dessin a pris une place prépondérante.

Depuis 2012, j’ai voulu apporter de l’expression à mes tableaux, une identité à mon art.”
Alyâa s’intéresse aux gens, au mouvement de masse composé d’individus sans visages, perdus dans la foule qui se soulève contre l’oppression, l’injustice. Parfois, elle isole l’humanité en un portait, portant les marques du temps à travers la texture de sa peinture.
Oui, Alyâa s’intéresse et s’interroge.
Je me suis demandée quelle place tient l’artiste dans le monde qui l’entoure.” Et elle le fait tout en contradiction: “introspection opposée à l’observation; dedans et dehors; on se voit et on ne se voit pas; force et faiblesse”.

Dans le monde de l’art, l’artiste a tendance à légitimer sa place à travers un certain discours colmaté. Il devient une marionnette au service des galeries et des musées qui tirent les ficelles”.
Et moi de rajouter un discours qui souvent est incompréhensible, tant il est ponctué d’un jargon “charabiatique”.

La réflexion sur mes oeuvres est ouverte” me dit-elle.
Selon Alyâa, l’attrait à une oeuvre en particulier peut se faire de trois manières: visuelle, émotionnelle ou intellectuelle. Et je trouve l’analyse plus que juste; il n’y a pas de place, à mon humble avis, pour une quatrième façon, celle de suivre une tendance et l’avis d’un collectionneur ou d’un curateur. L’art, c’est une question de ressenti. Le ressenti s’éduque, doit être curieux, avide de découvertes, mais il est avant tout sentiment.

Et en parlant de sentiment, l’amour, ma chère Alyâa, l’amour, a-t-il eu un impact sur ton travail?
Oui et non. Oui car il y a à présent le rapport à autrui, je ne suis plus seule et j’admets nos points communs mais aussi nos différences. Il y a aussi ce désir de vouloir être comprise par l’être aimé. Mais en même temps, nous sommes deux et seul à la fois.

Seule face à la toile…

Que ressens-tu après tout ce chemin parcouru d’exposer à la Galerie Cimaise, lieu au sein duquel tu as fait tes premières ventes, bien avant Sotheby’s?
C’est très symbolique évidemment. Mourad fut le premier galeriste à vendre mes miniatures abstraites. Depuis, il a toujours suivi mon travail. C’est un amoureux de l’art, des belles choses; il ne prétend pas être autre chose que cela.

Si vous vous demandez ce qu’Alyâa peint, la réponse est très simple: elle peint la vie, sa vie, celle des autres.

Avant de vous donner rendez-vous le 12 novembre à la Galerie Cimaise, une dernière réflection: peut-être faut-il simplement contempler ce qu’un artiste cherche à nous dire. Oubliez les courants, l’histoire de l’art, les modes, ouvrez les yeux et laissez parler son coeur.

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