Aujourd’hui, j’ai croisé… KVN

Aujourd’hui, j’ai croisé… KVN

Je l’ai surnommé le chat de Kalvingrad. Symbole de mille aventures, caché à chaque recoin de notre cité (et j’apprendrai bien plus tard qu’il se cache aussi dans le monde entier, de Berlin en Thailand, en passant par Paris), le chat de Kalvingrad n’a eu de cesse de m’intriguer. Sa forme géométrique, ses longues oreilles de Sphinx, ses yeux perçants font de lui une oeuvre figurative de street-art, bien qu’à travers ses traits graphiques, j’y décèle une sorte de mouvance musicale à la Kandinsky.

Aujourd’hui, j’ai croisé KVN, alias Kevin, le maître du chat de Kalvingrad. Il me dit qu’il vient d’une banlieue parisienne, mais en fait, je suis persuadée qu’il vient d’une autre galaxie. D’ailleurs, des “bruits” émanant des couloirs du net laissent à penser qu’il possède des crayons de couleur bionique, qu’il a traversé les quatre planètes telluriques internes à notre système solaire et même bravé une pluie d’astéroïdes. J’en étais sûre, à quelques détails près: KVN est extra-terrestre. Il s’exprime avec des bombes aérosols, des pochoirs et laisse son empreinte dans la rue en quête de reconnaissance. Dans la rue mais aussi sur les trains car le train, “c’est pour les puristes”.
Mais pourquoi? “Pour se sentir vivant, faire des choses extraordinaires”… Finalement, “mon blaze n’a pas d’importance; ce qui me définit, c’est ce que tu vois” rajoute-t-il.

Issu de la culture hip-hop, il se verra naître en tant qu’artiste dans une communauté où l’on break, un “microcosme” où la création se conjugue à tous les temps. “J’étais un petit con” (nous l’avons tous été à un moment donné, non?) mais un “petit con” sensible à la nature qui étudie l’horticulture, élevé par ses grand-parents, immigrés italiens dont le rapport à la terre est viscéral.
Quand je peins dans la rue, je m’investis. La culture, ce n’est pas un jeu”. Mais de la rue à la galerie, KVN se questionne. Il s’interroge sur ces artistes qui se disent du “graffiti”, exposés en grande pompe alors qu’ils n’officient dans la rue que depuis 2, 3 ans. Elle est où la légitimité?
Mais de la rue à l’autorisation de la ville, la question ne se pose plus: c’est un refus quasi systématique… Mon commentaire et cela n’engage que moi: par contre, une pub big format pour une marque de luxe a le droit de nous violenter le regard dans notre propre cité.

Graphiste hors du commun, il admet volontiers que cette force créatrice peut être salvatrice tout autant que destructrice.
Mais le chat de Kalvingrad veille sur lui, comme sur notre cité; je le porterais sur le chemin du retour imprimé sur un cabas, signe distinctif que KVN a croisé mon chemin et qu’une part de son ADN est dorénavant auprès de moi.

Avant de le quitter, j’abuse de sa patience en lui demandant avec beaucoup de dérision:

Un lieu qui te ressemble
La Gare, il paraît que tous les chemins mènent à Rome et en train, on y va plus vite.
Ta cantine officielle
Le Twins… faisons de la pub aux potes et j’y suis toujours fourré.
Chocolat noir ou au lait?
Noir parce que pas raciste.
Ton objet fétiche
Le spray.
Ton livre de Robinson
Le Petit Prince car le mec parle aux plantes et son pote est un renard… c’est trop classe.
Un artiste sur ta playlist
Y en a tellement… DJ Mehdi … RIP mec.
Le super-héros que tu aurais voulu incarner
Mon grand-père; il m’a appris des trucs de ninja qui m’ont permis jusqu’ici de survivre.
Un site internet dont tu es accro
Si on enlève le porno, je dirais butdoesitfloat.com: on peut scroller comme des oufs sur des images nécessitant parfois une prise de drogue préalable.  
Jamais sans…
Un marqueur.

Photographies © KVN Graphic

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