Burning Man Festival

Burning Man Festival

Nous sommes arrivés aux portes du festival à 6 heures du matin, accueillis par les bras d’un inconnu et un chaleureux bienvenue… L’initiation fût immédiate et alors que nous franchissions ce seuil avec toute notre volonté, nous nous exclamons: “nous ne sommes plus vierges!”. Je suis à présent un Burner, un vrai.
Je l’avoue, j’ai rarement été ainsi accueilli, par une accolade aussi rigoureuse et remplie de convictions, qui plus est de la part d’un étranger que je rencontre pour la première fois. Et ici, ce n’est pas chez moi. Il va s’avérer que ma pensée, totalement vierge de l’expérience Burning Man va drastiquement évoluer au cours de cette semaine. En attendant, à l’apogée de mon ignorance innocente, je n’avais réellement aucune idée de ce qui m’attendait.

Nous nous sommes tout d’abord dirigés vers The Man, installé au centre d’un périmètre en forme de pentagone au milieu du désert. Sur le chemin, un nombre inimaginable d’installations artistiques prennent vie, de toute taille et de tout courant, éparpillés dans le désert. Je suis telle une abeille dans un gigantesque champs de fleurs ; ma curiosité attisée à chaque pas, chaque regard. A peine une heure que je suis là et je prends conscience déjà du sentiment qu’ils nomment tous ici : le regret du Burner. Conscient que je ne vais pas pouvoir tout voir, tout découvrir et qu’inexorablement, je vais manquer des instants précieux. Quel étrange sentiment; pourquoi penser à ce que je ne verrai pas au lieu de profiter de l’instant présent?
Nous avons roulé à vélo jusqu’au Temple (une structure en bois, épicentre spirituel), puis vers une statue de 10 mètres de haut représentant une femme noire dont l’allure majestueuse me coupe le souffle, avant de partager un espresso gratuit dans un café près d’une salle de cinéma en plein air. Le tout, au milieu du désert, à des milliers de kilomètres de toute civilisation. J’étais curieux de découvrir si vraiment, la gratuité prônait où si cela faisait partie des légendes urbaines. Je peux vous l’assurer à présent: pendant toute la semaine, je n’ai pas vu un seul billet de banque.

Je n’arrivais toujours pas à considérer ce lieu extra-terrestre mais je ressentais déjà un sentiment de bonheur infini. Quelque chose de magique venant prendre place dans mon cœur, je devais juste le laisser m’envahir. Si le festival Burning Man était un lieu étrange pendant la journée, la nuit venue, il se transformait. Le désert se mettait à briller de mille feux aux néons, LED colorés et flammes sporadiques. A nouveau, mon regard se tourne à gauche puis à droite, sans cesse, sans répit ; ma trajectoire à vélo revient sur ses pas, avance, recule, tourne. Surréaliste.

Imaginez vous le jeune homme introverti que je suis, vêtu d’un kimono japonais, manquant terriblement d’assurance et d’une timidité maladive se perdant au fil des conversations et réalisant que les sujets banals et quotidiens n’ont pas leur place ici. Les rencontres n’ont rien de conventionnelles : à la place d’une main serrée et distante, au lieu de faire la bise superficiellement, ici on se prend dans les bras afin de se présenter. C’est le fameux Burner Hug. Mon tout premier hug est à l’image du monde dans lequel je vis : court, très court, légèrement incomfortable et surtout si peu volontaire. Au fur et à mesure des bras entrelacés, des corps entourés, le groove s’est emparé de moi. Mes hugs sont à présent intenses, volontaires, décidés, remplis d’amour et de compassion.

Alors que j’étais un Burner depuis 24 heures, j’allais encore découvrir l’univers musical du Festival. Ex-centré, le bus de Robot Heart est une installation hors proportion, de plus de 3 mètres de haut et 12 mètres de large, d’une puissance astronomique. Robot Heart fait son show, au milieu de l’aridité désertique : son son se propage dans tout le Festival, par delà le désert jusqu’aux montagnes avoisinantes afin de faire vibrer le lever du soleil.  A peine arrivés, c’était plus fort que moi, mes pieds ne tenaient pas en place. Ce son s’est accaparé de mon corps, résonant à chacune de mes extrémités. La musique m’a bouleversé de l’intérieur, pénétré mes os. J’étais ensorcellé. Cette nuit a totalement changé ma conception et mon rapport à la musique, brisant toute frontière entre le son et le ressenti. A nouveau, les mots ne peuvent capturer l’instant, ni même tenter un début d’explication effective… Même la musique hors contexte ne saurait raviver ce sentiment. J’étais heureux et je ne pensais pas pouvoir l’être encore plus quand tout à coup, les premiers rayons du soleil sont apparus au dessus des montagnes. La foule s’est tournée, les bras en l’air dans une sorte de communion de l’instant présent et de la beauté de la vie. Cette énergie était intense ; je n’ai jamais considéré sa puissance avant le Burning Man Festival. Et elle me rendait libre. Libre de mon esprit, de mon passé : seul le présent comptait.

C’est à ce moment précis que tout a changé, pour moi.

Ici, c’est chez moi. J’appartiens à cet instant, je fais parti de ce Festival. Et je pense que toute personne capable d’ouverture d’esprit trouverait ici son chez soi. Par définition, Burning Man est une lieu de liberté en dehors de notre société. Il fait table rase (voire désertique) sur nos distractions superficielles et nous laisse nous concentrer sur l’essentiel. Cela m’a pris du temps, mais enfin j’errais au milieu du désert, sans aucun objectif autre que celui d’exister. D’être. Et c’est au sein de ce sentiment que nait la magie. Conscient d’exister, j’ai pu faire des rencontres fascinantes et j’ai pu comprendre l’Art. Je suis libre, je suis devenu libre.

Être et le rester. Ne pas juger.

La nuit du burn, aux côtés de mon père, en observant les flammes dévastatrices, la fin était proche. La fin d’une évolution, du chemin parcouru mais aussi le début d’une autre histoire. En l’espace d’une semaine, j’ai vécu toute une vie. Je meurs à cet instant et je reprends forme, enrichi par des nouveaux sentiments que j’emporte avec moi. Je ne serai plus un esclave de mon esprit obsessif et si souvent conditionné par la société. Je prends confiance en moi mais aussi en l’autre, en lui rendant un sourire sincère, en ouvrant mon cœur à l’étranger. Car la vie est un Burning Man Festival, avec ses hauts et ses bas, mais aussi une pléthore d’opportunités. L’instant présent, c’est tout ce que nous possédons. Et je compte bien le vivre ; pas seulement au festival mais là où la vie me mènera.

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