Sous les étoiles, une toile

Sous les étoiles, une toile

Bien que la Perle du Lac ait souffert d’un début d’été caniculaire qui a eu pour conséquence d’asphyxier sa pelouse désormais jaunie, elle n’en pas pour autant oublié de reprendre des couleurs en devenant le berceau d’un des événements estival des plus marquants qui soit: Cinétransat. Il faut dire que Dan Acher et son équipe d’artivistes se sont gentiment fait un nom dans le paysage genevois et s’il vous est arrivé de croiser une boîte d’échange entre voisins, ou qu’un piano arborant fièrement la formule de “Jouez je suis à vous” a eu le pouvoir de vous transporter dans une autre dimension, vous pouvez d’ores et déjà leur adresser un immense merci.

En ce jeudi 9 juillet, la pelouse a perdu de son jaune de saison, entre les transats et les serviettes, la voilà recouverte d’une masse humaine multicolore qui fait plaisir aux mirettes. On a beau être largement en amont de la séance qui se déroulera une fois la nuit tombée (soit vers 22h), à la vue d’un engouement aussi grand, trouver une place convenable va relever du défi pour les retardataires. Peu m’importe, je remonte à la hauteur de la tourelle qui abrite le projecteur afin de venir saluer l’initiateur de l’événement qui contemple la scène depuis son fief, une queue de lézard accrochée à son cul. Anodin. Dans la foulée, je croise Damien Molineaux de C-Side Production (le même qui nous a offert le magnifique Kino Cabaret), son pote de longue date. Une vraie famille de kamikazes.
La suite se passe bien accompagnée en famille ou entre amis, éventuellement seul auquel cas vous vous seriez échoués dans les environs par inadvertence. Petit karaoké en guise de mise en bouche, discours d’usage du maître de cérémonie, suivi conjointement d’un film suédé et d’un court métrage en corrélation avec la projection à venir. Footloose ouvre les festivités en cette soirée plutôt fraîche, conséquence du vent qui a refait son apparition. Alors, on se sert un peu pour ne pas trop sentir les bourrasques. Idéal pour conclure une romance qui se dessine au crayon dans la marge. Au fur et à mesure de la projection, le public réagit comme un seul homme à chaque scène de climax, hue quand le méchant domine, applaudit à l’aube du baiser, se lève et danse quand la conclusion invite à pareille exubérance… et cela avec un naturel sidérant, sans forcer les choses… serait-ce cela, vivre un film?

Quand la lumière se rallume, chacun range ses effets et prend le temps de précautionneusement ramasser ses déchets, trier, respecter les lieux. L’homme a toujours été plus fort ensemble. Happy City Lab l’a bien compris, dans un microcosme où chacun semble évoluer individuellement — le mal-être du 21e siècle — aménager des espaces, initier des projets qui encouragent la rencontre, l’inattendu, la coopération, etc… a de beaux jours devant lui. CinéTransat en est une des figures de proue parmi les nombreuses initiatives nées de ces cerveaux fertiles. Si vous avez loupé la projection, soyez rassuré, l’événement dure six semaines, du jeudi au dimanche et ne dépend que de la météo pour ce faire. Enfin, comme tout discours s’accompagne d’actes symboliquement puissants, CinéTransat insiste sur sa gratuité. Jouez je suis à vous, chantaient les pianos. Vibrez je m’offre à vous nous crie CinéTransat du haut de son écran gonflable à l’aube de sa septième édition.

Photographie © Sébastien Puiatti
Du 9 juillet au 16 août
Parc de la Perle du Lac, rue de Lausanne, Genève
Du jeudi au dimanche à la tombée de la nuit
Entrée libre

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