15min avec Fauve ≠

15min avec Fauve ≠

Quelques heures avant le concert, il y a déjà foule devant l’Aréna, la promesse d’une Nuit Fauve genevoise est attendue.
Emilie (EM) et moi-même (TP) accédons au backstage en connaissant les règles: pas de photos, les questions doivent porter sur l’ensemble du collectif, ici il n’y a pas de place pour l’individualité, pas de leader, pas de porte-parole.
Ce qui devait être une interview de 15 mn / 5 questions s’est transformée rapidement en conversation spontanée, avec peu, voire pas d’hésitations, beaucoup de sincérité et de générosité.
On a parlé de création, de cinéma, d’amitié, de collectif, de tour du monde…

EM- Quels sont les attributs d’un Fauve? 
On est tous attachés aux mêmes choses je crois: à l’amitié, à l’aventure aussi, à l’amour, à la création… et à la vie quoi! C’est un peu ça qu’on partage tous, l’envie de vivre des choses exaltantes ensemble. On a trouvé la création comme vecteur… ça aurait pu être autre chose, on aurait pu monter un bar ou faire un tour du monde… On en parle souvent d’ailleurs.
EM -De faire le tour du monde ou de monter un bar?
Les deux… De ce qu’on aurait pu faire d’autre en fait. Le véhicule maintenant c’est Fauve mais ça pourrait être autre chose parce qu’on est  à la base des amis quand même. Et les gens qu’on a rencontrés, qui sont rentrés dans le collectif après l’ont intégré parce qu’on partageait le même rapport au projet.
Sur scène on est 6, 5 “musiciens” et une personne qui prend en charge la vidéo mais dans les coulisses on doit être une vingtaine.

TP- Le cinéma est une influence évidente dans votre travail, bien au delà du nom du groupe, on entend des extraits de dialogues dans certains titres, Est ce que vous pouvez nous parler de cette influence?
Oui c’est vrai et c’est toujours un truc qu’on a fait vu que nous, on raconte globalement ce qu’on voit, moi je trouve que c’est en ça que Fauve en terme de textes se rapproche plus du rap que du rock ou de la pop au sens un peu large; dans le rap les MCs écrivent sur ce qu’ils vivent, y a un coté chronique, ils chroniquent leur vie et celle des leurs, ils ont besoin d’en parler ce qui n’en fait pas d’ailleurs de la musique forcement politique mais ça c’est une parenthèse. Dans le rock c’est plutôt une recherche esthétique particulière, dans le rock ou la pop on est dans l’abstraction globalement, dans Fauve on est jamais dans l’abstraction, quasiment. Et finalement c’est en ça, que pour nous, ça se rapproche du rap et du coup c’est ça qui fait qu’effectivement l’écriture est assez cinématographique puisque c’est une description de scènes de vie, de chroniques de nos vies, de ce que vivent nos proches, nos amis et de ce qu’on voit autour de nous.

TP- Et vous avez des références cinématographiques communes?
Heu..on est pas très très cinéphile, un peu…on a eu nos périodes, mais on adore le cinéma. En fait on est un peu fétichiste des films c’est comme les bouquins, on va regarder un film mais pas forcément se faire toute la filmographie du réalisateur, c’est plutôt un truc qui va nous marquer. On est pas des experts ni des érudits mais par contre y a des choses qui vont vraiment nous marquer et dont on va s’inspirer. Certains films de Blier par exemple, les films de Truffaut aussi un peu. On aime bien Jacques Audiard aussi, et puis des acteurs y a des acteurs qu’on va suivre un peu. On adore Depardieu (certaines époques, certains films), Dupontel, Reda Kateb en ce moment, Olivier Gourmet, des gens qui sont pas dans des formats classiques.
TP- et du coup l’inspiration ça se passe comment?
C’est des choses qui vont nous inspirer parce que les personnages, les histoires, les dialogues vont mettre des mots sur des choses que toi t’arrives pas à faire donc tu vas t’en inspirer indirectement mais pour raconter tes propres histoires. J’imagine qu’on est pas les seuls à faire ça.
TP- Un autre thème récurrent dans votre musique, c’est la notion d’appartenance à des groupes, à des communautés, revendiquer “être de ceux qui ” est-ce votre réponse à une société très individualiste et au manque de solidarité?
Non ça ne part pas d’un constat général pour donner une réponse à quelque chose, c’est vraiment un ressenti personnel. On a toujours écrit comme ça sur un besoin de définition de soi-même, on a toujours eu l’impression nous, les gens qui font partie de Fauve, dans nos vies privées et en société d’être un peu…pas des loosers, mais un peu transparents. Pas les meilleurs de la classe mais pas des victimes, pas les bons en sport mais pas non plus nuls, pas trop à l’aise avec les filles, mais bon, quand même un peu.

TP- Heu.. pour des nuls ça marche quand même pas trop mal votre histoire.
On s’est rendu compte en écrivant qu’on avait besoin de parler de notre non-identité. On a vraiment l’impression d’appartenir à Fauve, d’être entre nous, de nous définir en tout cas en partie par Fauve. Grâce à Fauve on a une famille, on a un clan, même si on a tous des clans dans nos vies privées dont on parle beaucoup dans nos morceaux. Un besoin de se définir par rapport à quelque chose d’un peu plus large que soi, pour trouver un sens au quotidien, exister par le groupe. Notre champ d’action, notre périmètre c’est nous-même, nos proches, nos amis. C’est très autocentré Fauve. Mais si Fauve peut générer pleins de petits Fauves et que les gens se sentent mieux c’est incroyable.

TP-Sur certains titres on sent que le chant n’est pas loin, dans le refrain des Hautes Lumières notamment (il apporte une sorte d’apaisement, de pause entre les couplets), est ce que c’est quelque chose que vous envisager, un morceau entièrement chanté?
C’est quand ça vient. En fait c’est drôle, j’en parlais récemment avec mon ancien prof de lycée, lui il a un attachement très fort à la mélodie, nous on a eu ça pendant très longtemps. Et puis on a l’impression maintenant qu’on arrive à dire plus de choses; avec la mélodie elle transmet une émotion mais tu peux dire moins de choses. Nous on est plus dans la quantité peut être que dans la qualité…On est pas doué pour les rimes, on maîtrise pas la versification, on s’est rendu compte qu’en parlant on arrivait à dire plus de choses. On va pas chercher la rime mais si elle arrive on va la garder. Y a des morceaux quand même où on chante un peu, mais quand on le fait il faut vraiment que ce soit joli. Moi je suis fasciné par les morceaux qui sont parlés-chantés, parlés sur les couplets, chantés sur le refrain.
Un groupe comme Grand Blanc, en 1ère partie maîtrise ça parfaitement, ils sont très forts et moi j’adore mais on pourrait pas faire ça.

EM- C’est vous qui choisissez vos 1ères parties?
Ça dépend, mais sur des tournées Nuits Fauves où on est coproducteur et que c’est notre concept oui on choisit. La c’est normal comme on fait une espèce de kermesse avec les copains, c’est bien si on choisit tous les gens qui participent.
EM- Dernière question : si c’était à refaire qu’est-ce que vous changeriez?
RIEN.
EM- Je posais la question par rapport aux notions d’échecs et de succès, et le fait qu’on apprend de ses échecs.
Mais nous on est en échecs permanents. Quand tu vis les choses de l’intérieur tu t’en rends compte. On fait plein de choses différentes on fait pas que de la musique. Même dans la musique t’échoues toujours à petite échelle tous les jours, c’est comme ça que tu progresses. Une vidéo va jamais être montée comme la précédente, toujours envie de faire mieux. Non mais si c’était à refaire on changerai rien, et puis je crois qu’on pourrait pas en fait. On a la chance d’avoir eu une liberté totale depuis le début.
TP- Donc vous maintenez ce choix de l’auto-production jusqu’au bout, pas d’affiliation à un label?
Ouais, ça s’est fait sur le tard en fait mais on n’est pas revenu en arrière, on maîtrise l’artistique de A à Z, tu finances ta production et puis en fait on est passé en contrat distribution uniquement. On aime bien voir ce qui se passe d’un bout à l’autre de la chaine encore une fois je vois pas ce qu’on pourrait changer.

En ce qui nous concerne, ne changez rien!
A ce journaliste qui se demandait si le groupe affichait “une vraie ou fausse rage existentielle”, on répondrait qu’on ne se pose plus la question.

fauve

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