Pour la Big cause…

Pour la Big cause…

… pas seulement. Quelle surprise “surprenante” et incompréhensible d’apprendre que l’école genevoise Secret Follies d’Emma Mylan et Stacy Phoenix s’est vue refuser son show burlesque dans nos théâtres genevois, forcée de s’expatrier à Lausanne pour le présenter le 20 février 2014 dernier! Bouche bée, mais plume à la main (au sens propre et figuré), nous nous sommes livrés à une séance burlesque, orchestrée par Emma Mylan pour la Big cause mais pas seulement…
L’histoire de la censure et du burlesque ne date pas d’hier.

Il était une fois les œuvres de Rabelais Tiers-LivreQuart-LivrePantagruel et Gargantua censurées vers 1540; il était aussi une fois la prose de Dom Juan jouée au théâtre du Palais-Royal en 1665 mais publiée qu’en 1682 en vers et édulcorée par Thomas Corneille. Dans sa matérialisation cinématographique, le burlesque se confronte à nouveau à la controverse avec Le Dictateur de Charlie Chaplin (censuré en Espagne, en Allemagne et en Irlande) ou Quelle Bringue (Blotto) interprétée par Laurel & Hardy pour ne citer que ces films (la liste serait bien trop Big).
Le genre burlesque dont il est question aujourd’hui est un terme magnifié par les américains et même s’il ne doit pas être confondu avec le registre littéraire ou cinématographique, il s’en est largement inspiré dans l’usage du second degré et de la dérision. Il naît à Paris au Divan Japonais, aux Folies Bergère ou encore au Chat Noir à la Belle Epoque mais ne porte pas encore son nom. Juxtaposé à des numéros de clowns et de music-hall, il faudra attendre son importation américaine dans les années 50′ pour le nommer comme il se doit et où il connaît un essor sans précédant. Ce n’est pas la censure qui lui vole la vedette dans les années 70’ mais bien la pornographie : les pin-ups se retrouvent au chômage technique, les spectateurs préférant la vulgarité à la poésie. Mais il renaît de ses cendres en 1990 à New-York, San Francisco, Los Angeles ou Seattle et grâce à la photographe Katharina Bosse, le new burlesque fait son retour en Europe. Le cinéma va participer activement à son renouveau grâce à Tournée de Mathieu Amalric précédé par Chicago de Rob Marshall.
Si Londres possède sa Sharon Davis (alias Bonnie Fox), Helsinki sa LouLou D’vil, nous, à Genève, nous avons Emma Mylan dont le talent est accueilli à Zurich, à Berne, à Lausanne (pour ne citer que les villes suisses) mais refusé à Genève. Quelle Big mouche a bien pu piquer nos chers théâtres?

En ces temps moroses, Genève et ses citoyens auraient bien besoin d’un peu de poésie polissonne et de légèreté glamour. Constamment agressés par le papier glacé de femmes liftées, silliconées, botoxées ou retouchées, nous sommes lassés d’un idéal imposé et surtout mensonger. Insufflons humour, dérision et élégance canaille à travers ces shows new burlesque où les femmes se revendiquent comme auteures de leur numéro et s’assument telles qu’elles sont. Sous leurs patronymes déclinant l’amour en bulles légères, elles épinglent les spectateurs en jeux de mots et jeux de hanches. Férocement drôles, aguicheuses, elles jouent avec malice avec les codes de notre société à grand coup d’effeuillages et de parodies. Et après tout, si nous avons osé, pourquoi pas vous?

Photographie © Secret Follies.
De gauche à droite: Carla (photographe), Martin La Roche (artiste & décorateur d’intérieur), Delphine (plume mode & culture), Alyâa Kamel (artiste), Diego (plume horlogère) &  Emilie (rédactrice en chef).

Nous tenons à remercier: C&B Coiffure, Jacinte Bétrisey de MakeUpGradeLucie Violette photographe ainsi que les Instagramers officiels d’iGersGeneva Nathalie Mastail-Hirosawa: @thenmh & Chai De Landrón-Smith: infin8photography

FERMER
CLOSE