A la recherche d’un coach

A la recherche d’un coach

Novembre 2006: je suis invitée chez un banquier de Merrill Lynch, enfin Bank of New York, enfin Julius Baer, bref le genre de dîner où il faut me traîner par la peau des fesses. Et c’est là que je l’ai rencontré pour la première fois: assis à mes côtés, se confondant dans le décor des convives dans son costume sur mesure, le sourire d’une blancheur bien suspecte, il me dit: “je suis coach, coach de la vie”. Des heures à l’observer s’écoutant parler, captivant ainsi la tablée par sa pseudo-philosophie de vie, se présentant tel un gourou qui a le pouvoir de changer votre vie. Comble de l’histoire, je le retrouve accompagné du même baratin en 2013 chez des consultants bien établis à Genève: il a rendez-vous avec le CEO, ce dernier aurait perdu la motivation.

C’est à partir de cette deuxième rencontre que ma curiosité a été attisée dans le but de démasquer ce charlatan (à des fins strictement personnelles, je n’avais l’ambition que de répondre à ma propre curiosité): au sein du phénomène de coaching – et j’écris phénomène car aujourd’hui, il existe des coachs dans des domaines tout à fait variés: de l’entreprise à la décoration, ici même à Genève – existe-t-il des dignes héritiers de Socrate? Il est indéniable que les résultats concrets et mesurables obtenus dans le domaine sportif ont influencé l’expansion du coaching à partir des années 80, le faisant apparaître parfois là où on l’attend le moins. Se faire coacher, c’est tendance. Mais au-delà de la tendance, le métier, fondé par la philosophie maïeutique de Platon dans une perspective de faire “accoucher” à l’individu un potentiel, des connaissances qu’il possède mais dont il ignore l’existence, est-il encore pratiqué dans les règles de l’art?
Et c’est dans ce but précis que j’ai sonné à la porte d’altercoaching.

Pas de costume flambant neuf, un bureau modeste, aucun signe ostentatoire particulier, Xavier de Stoppani n’a pas besoin d’artifices. Diplômé d’une école de commerce en France, il fît ses premiers pas professionnels dans la distribution puis au sein de l’empire Ikéa dans les années 80. Issu d’une famille nombreuse, il s’est toujours débrouillé par ses propres moyens, se construisant au fil des expériences et après 9 ans passés entouré d’armoires Billy où il ne se sent pas tout à fait à sa place, il commence à s’auto-coacher, à se poser des questions, à lire, à faire des exercices qui le mènent au journalisme. Il propose ses services bénévolement à un magazine spécialisé où il rencontre son futur directeur d’école de journalisme, reprend ses études et nous arrive à Genève par le biais d’un stage. Il passera 8 années au service de la presse écrite locale – Nouveau Quotidien, L’Hebdo puis Le Temps – jusqu’en 2001, date à laquelle il souhaite construire et se pose le défi d’entreprendre; mais date à laquelle aussi les choix commerciaux de nos quotidiens ne lui conviennent plus. Il combine alors son goût pour la technologie et son expérience de journaliste pour créer Vocables en pleine crise du web. Il devient ainsi l’architecte de sites internet en collaborant avec des informaticiens et des graphistes free-lance, fournissant aussi le contenu à des entreprises dans le domaine de la solidarité et autres ONGs. “Refaire ou faire un site internet peut devenir une véritable remise en question qui touche à la psychologie de l’entreprise et des employés”: au bout de quelques années d’activités, Xavier de Stoppani est surnommé “le coach web”.

L’envie de partager son expérience le pousse à rejoindre le Semestre de Motivation en tant que bénévole. Nous sommes fin 2006 (date à laquelle je vous le rappelle je rencontre le coach de la vie!): parmi les quelques 2’000 jeunes genevois en difficultés, Xavier parraine la jeunesse de tout milieu social. Celle dont le rôle des parents est absent alors qu’elle évolue dans un confort matériel; celle arrivée en pleine adolescence, échappant à un pays en crise ou en guerre, où la langue fait forcément barrage et où la question: avons-nous le droit d’être pauvre à Genève? se pose.
Tel un guide de montagne, Xavier de Stoppani ne tergiverse pas avec son métier: altercoaching.net ce n’est pas de l’assistanat, il ne vient en aide à personne et ne conseille pas ses clients. Par le biais de questions et d’analyses, il cherche à créer un moment “Aha”, une étincelle dans l’esprit d’autrui pour retrouver son chemin. S’il admet des passerelles avec les thérapies cognitives, il réfute l’assimilation à un psy.

Mais alors, comment reconnait-on un vrai coach (afin d’identifier un charlatan relire l’introduction)?
1. “si vous possédez un soupçon d’intuition, écoutez-vous lors de votre première rencontre”: il est catégorique sur ce point. Le coach est votre égal; il n’y a pas de hiérarchie, aucun rapport de pouvoir.
2. “il doit vous questionner”: dans le but premier de clarifier la situation, d’écarter le flou et de chercher l’essentiel.
3. “ses mots sont limités”: il doit vous laisser la place de vous exprimer et ne pratique pas le monologue.
4. nous avons tous une part d’ombre, un côté obscur (maître Yoda nous l’a tout de même bien démontré), mais un vrai coach assimile sa vulnérabilité et vous laisse l’entrevoir.
5. étudier les formations qu’elle/il a suivi et assurez-vous qu’elles soient continues; les outils de travail qu’il met à votre disposition lors de vos séances; cherchez ses lectures et ses références.
6. enfin, le challenge doit être présent à chacune de vos rencontres; le coach doit vous bousculer et ne faire preuve d’aucune complaisance.

Mais dites-moi Xavier, pensez-vous que l’âge est aussi un critère? “cela dépend du coaching; si les techniques peuvent s’acquérir à un jeune âge, l’expérience reste essentielle pour certaines problématiques”. Une dernière question s’il vous plaît, ma préférée: dans votre parcours, quelle a été votre plus grande erreur? “Tout arrive pour une raison. Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait des erreurs, j’ai simplement changé de chemin quand il était temps, parfois un peu trop tard, c’est tout”.

Photographie © Nathalie Mastail-Hirosawa

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