Sur le chemin Napoléon

Sur le chemin Napoléon

Au réveil, ce lundi matin, j’ai entendu l’appel du Mont-Blanc qui me disait: “viens, viens te reposer près de moi, glisser sur mes pistes et respirer le grand air dont tu as besoin”. Je suis entourée d’une tribu d’esprits spontanés, quelques messages whatsapp ont suffit à l’organisation de notre week-end.
Vendredi est enfin arrivé, départ 18h30, direction le chemin Napoléon.

Car sur le chemin Napoléon, à proximité de Chamonix, se trouve la Ferme du Crêt Napoléon: un lieu unique, fruit de mes recherches insolites, n’étant pas du tout une adepte du lastminute.com et des chalets flambants neufs qui n’ont aucune âme. Permettez moi de vous raconter son extraordinaire histoire, murmurée au creux des vieilles pierres et du vieux bois.

Au début du XXe siècle, Ferdinand est un des premiers fabricants de skis, bâtons et luges en bois de la région de Chamonix. Il lègue l’entreprise à son fils Fernand: effrayé par des investisseurs étrangers, ce dernier refuse de vendre son brevet au fabricant qui deviendra ni plus ni moins la marque Rossignol. Cependant, le savoir-faire, l’amour du bois et l’authenticité, bref l’essentiel du métier de menuisier / charpentier demeure au sein de cette famille. Jean-Claude, troisième génération, le transmet à son tour à ses enfants: Fabienne et David.
Un jour, l’opportunité de racheter une vieille ferme à l’abandon se présente sur le chemin Napoléon. Peur de rien, l’envie de faire revivre au prix d’énormes sacrifices la vieille bâtisse est plus forte que tout, la descendance de Ferdinand décide de l’acquérir et d’en faire leur fief.

Les travaux commencent en 2007, une longue bataille menée de front sur le chemin Napoléon: le vieux plancher en bois séparant l’étage, quelques planches et un peu de mobilier sont sauvegardés, ainsi que la façade extérieure. Sur une poutre, l’inscription “1816”: date à laquelle la ferme a été construite. Mais le bois vient vite à manquer: pour Fabienne, son mari et son frère David, hors de question de rebâtir dans du neuf. Et c’est Pierre-Alain, artisan dans le bâtiment depuis des années, qui leur vient en aide: il leur dégote un vieux raccard suisse afin d’intégrer les vieux mazots à la Ferme. Parmi les pièces récupérées du chalet vétusté helvète se trouve notamment un escalier dont chaque marche est taillée dans la masse, des poutres sculptées, bref des joyaux bruts que David magnifie en les restaurant. Vieilles portes d’époque, portes de mazot, table rare (de plus de 6 mètres) qui trône dorénavant au premier étage, chaque objet est chiné, farfouillé dans des brocantes afin de conserver l’authenticité du lieu. La Ferme se voit aussi dotée d’un autre escalier, celui-ci fait des mains du grand-père Fernand et d’une cheminée Richard Le Droff de 1970, sablée puis rouillée.

Plus de 1460 jours, soit plus de quatre ans ont été nécessaires à ce projet familial: il a fallu surmonter le froid de chaque hiver, le risque de gel et les problèmes d’isolation pour en venir à bout. La décoration quant à elle fut l’affaire de Fabienne (ainsi que les enduits, les joints de la pierre au sol, le traitement de bois de l’escalier, etc.): un juste équilibre entre le contemporain et l’antique, des ponts qu’elle a édifié dans chaque pièce pour créer une totale harmonie. Et rien ne vient briser cette harmonie: tout a été pensé, réfléchi avec amour pour des objets rares et authentiques. Aucune fausse note, bien au contraire, un concerto de savoir-faire et de mise en valeur d’un patrimoine artisanal.

A chaque fois que je m’y rends, mon quotidien est rythmé par de très lourdes décisions à prendre: jacuzzi extérieur, piscine chauffée ou sauna? Le tout avec une vue imprenable sur la chaîne du Mont-Blanc. Les garçons de ma tribu s’installent souvent dans le home cinéma du rez de jardin (écran plat TNT et satellite, pour moi tout cela c’est du chinois) alors que les filles occupent le “bel étage” dont la beauté ne cesse de bercer nos lectures. Nous nous retrouvons tous dans une cuisine américaine capable de concocter des dîners pour tout le village de Chamonix tant elle est suréquipée. Quatre chambres sont dispersées dans la Ferme: deux suites respectives au rez et premier étage, puis deux chambres avec douche au deuxième étage, totalement indépendantes car ma tribu aime aussi préserver son intimité.

Sur le chemin Napoléon, à proximité de Chamonix, se trouve donc la Ferme du Crêt Napoléon, l’âme d’une famille d’artisans dont les vieilles pierres et le vieux bois murmurent à chaque visiteur, de passage pour un week-end ou plus, une histoire poétique.

Chemin Napoléon 1126, 74400 Chamonix
Séjour minimum: 2 nuits. Capacité: 8 personnes
Prix: min. 600€/jour, selon la saison
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