Comment utilisez-vous les nouveaux médias pour explorer l’esprit et l’identité des adolescents?

Mauren Brodbeck: J’aborde mon travail de manière parallèle. On y trouve l’aspect esthétique qui se base sur les matériaux utilisés pour la photographie – le contenu de la photo et son application. Nous nous trouvons dans une période extrêmement intéressante, car certes la photographie a toujours utilisé les nouvelles technologies et les nouveaux médias, mais le public a désormais accès aux mêmes médias et les utilise. L’approche conceptuelle concerne le sujet, la recherche, l’ensemble du projet et le message qu’il transmet. Dans ma série  »Erasure », j’utilise des lames de rasoir pour en partie détruire l’image et ensuite en créer une nouvelle à partir de cette première pièce  »détruite ». Le geste symbolique de destruction signifie la dualité entre la création et la destruction. Les adolescents doivent détruire une partie d’eux-mêmes pour devenir adultes.

Quel processus technique vous amène à créer une œuvre d’art?

Je décide souvent de la scène, je travaille sur l’éclairage puis je prends le sujet en photo. Mon travail artistique est basé sur la réalité de même pour les sons et la videographie. J’ai une manière de travailler qui est déjà tellement établie et qui fonctionne très bien pour moi. J’utilise ce processus comme base, et de là j’explore toutes les possibilités. Avoir cette base me permet de sortir de ma zone de confort et d’être innovante à travers mon art.

Quel a été l’impact de l’ère numérique sur votre travail?

Ayant étudié à Pasadena en Californie, j’avais l’habitude d’avoir des laboratoires dans lesquels je pouvais expérimenter avec les produits chimique, un turnover rapide dans les imprimeries et des magasins d’appareils photo à cinq étages. Cela a rapidement changé lorsque je suis revenue en Suisse. A mon retour, j’ai eu mon premier enfant et je n’avais plus accès à tout ce que Los Angeles avait à m’offrir pour mon métier. J’ai vite arrêté d’utiliser des produits chimiques non seulement pour ma santé et celle de ma fille, mais aussi parce que je n’étais tout simplement pas satisfaite de la qualité de ce qui m’était proposé en Suisse au niveau des révelateurs et des rendus. C’est à ce moment là que je me suis aperçu qu’il était temps d’investir dans un dos numérique! C’est ce que j’ai fait et j’ai immédiatement commencé à explorer ce que je pouvais faire avec cet outil innovant.

Quels sont les défis auxquels vous faites face en tant qu’artiste?

Un défi auquel je suis constamment confronté en tant qu’artiste est le simple fait d’être femme ET mère dans le monde artistique.

Les femmes ne sont definitvement pas assez représentées dans le monde de l’art à travers le monde. J’ai eu des commentaires absurdes tels que «vous ne serez jamais artiste car vous avez des enfants et ne pouvez pas faire les deux». J’ai toujours eu la chance d’avoir le support de ma famille, mais beaucoup de mes amis ont cessé d’être des artistes en pensant qu’elles n’auraient plus le temps ni le soutien de leur entourage. C’est exactement pourquoi j’ai décidé de faire un podcast, Raw and Radical Women in the Arts, où les femmes peuvent s’inspirer l’une de l’autre et se connecter avec l’idée de ce que signifie être à la fois femme, mère et artiste. Je crois que nous avons la chance d’avoir une voix et de pouvoir communiquer, c’est pourquoi j’ai également créé mon podcast personnel: Private View Podcast.