On Their Own 2 Feet

On Their Own 2 Feet

En regardant évoluer Paul à l’aube de la cinquantaine, je peux assez facilement imaginer un grand brun athlétique, pas particulièrement beau, mais qui s’en fiche, parce que, quand on massacre tout le monde en maths, physique et au foot, qu’on est blanc et qu’on a 20 ans, on n’a pas besoin d’être beau. D’ailleurs sa copine est belle pour deux. Paul est le capitaine de l’équipe de foot, l’alpha mâle type. Paul veut aussi être une fille.

La conseillère britannique de défense stratégique auprès de la République de Macédoine, Abi Austen, est une grande femme aux cheveux teints dans un auburn flamboyant. Elle avait pour habitude de taper du poing sur la table et d’élever la voix lorsqu’elle voulait se faire entendre. C’était avant, quand elle était parachutiste dans l’armée britannique.

Tandis que Paul terminait ses études et se mariait, Abi sautait en parachute. Tandis que Paul élevait ses enfants aux côtés de sa femme, Abi était licenciée de l’armée le mardi et exclue de sa famille le mercredi. A ce moment elle était un homme et s’apprêtait à être la première transgenre à attaquer en justice l’armée britannique pour licenciement abusif, et gagner.

Paul a d’abord été Victoria par moments. Le soir entre amies. Puis dans la rue, au milieu de la foule qu’elle espère alors être anonyme. Finalement Victoria a décidé  d’être Victoria pour tout le monde, tous les jours. Elle a attendu que ce soit un moment neutre pour les enfants –pas la dernière semaine de la dernière session d’examens de sa fille. Ca s’est bien passé. « J’ai de super enfants » ajoute-t-elle avec un sourire. Parfois, il lui arrive de se faire agresser verbalement dans la rue ou le métro.  Toujours, elle fait en sorte de hurler le plus fort possible, et le plus proche possible du visage de son agresseur, les propos les plus injurieux qu’elle peut imaginer. Elle ajoute, “dans ces moments-là, je pense que je suis prête à mourir s’il le faut”.

Dans le film “Girl” (encore en salles il y a quelques semaines) Lukas Dhont raconte l’histoire de Lara, jeune fille de presque 18 ans née dans un corps de garçon, qui veut devenir ballerine. Vous l’aurez deviné, c’est un film aux composantes dramatiques et anxiogènes assez fortes. Etonnamment, elles apparaissent essentiellement au travers de la difficulté physique et émotionnelle engendrée par l’apprentissage de la danse classique. Le parcours transgenre de Lara tient davantage à la toile de fond. Le film n’est tant l’histoire de Lara, jeune fille transgenre, que celle d’une jeune fille transgenre, Lara, qui veut être ballerine.

Les histoires vraies d’Abi et Victoria, inventées de Lara, ne cachent pas le taux de suicide affolant chez les jeunes femmes, jeunes hommes transgenres. Pas plus un parcours qui reste encore long et bien trop compliqué.  Mais elles racontent aussi des femmes qui vont bien, des femmes qui, comme le dirait Victoria, “have decided how they want to walk through this World”.

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