Mercredi 13

Mercredi 13

Que diriez-vous d’une soirée à Genève où se croisent Robinson Crusoé, une compagnie de théâtre et un management néolibéral? Je me fais énigmatique pour piquer votre curiosité, mais c’est en partie ce que vous fera explorer Mercredi 13 de la Compagnie DianeM du 17 au 29 mai 2019 au théâtre du Grütli.

Je rencontre Diane Muller par hasard lors d’un évènement au Bureau culturel de Genève. Actrice, metteuse en scène, son enthousiasme communicatif, la lumière passionnée qui anime son regard quand elle parle de son spectacle éveillent la mienne de curiosité.

Diane étudie d’abord la sociologie, qu’elle quitte pour entrer en théâtre. Quelques années de métier plus tard, des déboires professionnels avec un metteur en scène la conduisent aux prud’hommes. De cette expérience difficile, elle décide d’écrire un projet de pièce qui aurait pu rester au fond de ses tiroirs. Qui voudrait programmer un sujet si tabou?

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, Céline Nidegger et Bastien Semenzato de la bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués invite Diane à participer au festival de la Bâtie pour les 20 ans de la compagnie Alakran. Lors de sa performance, elle détaille son intention avortée, l’illustre avec un court-métrage où elle échoue sur une plage tel Robinson et fait jouer la scène de son licenciement au public. Les spectateurs, pris à parti pour jouer son rôle de licenciée et celui de Porcinet, le metteur en scène, se reconnaissent dans cette thématique malheureusement universelle. Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo, directrices du Grütli, l’encouragent à aller au bout de ce projet. De ces rencontres émerge la compagnie DianeM. On déduira au passage que La bibliothèque des projets non achevés a le mérite de générer des projets…

Après deux ans de recherches et d’écriture, avec des fils conducteurs comme l’abus de pouvoir, le harcèlement, l’obéissance… Diane choisit de réaliser une création qui soit le fruit de la rencontre d’un groupe d’acteurs. L’expérience lui révèle que, oui, il est possible d’être à son tour le patron, de gérer un projet, sans être paternaliste, capitaliste ou abusif malgré des deadlines, ou des pressions de temps et d’argent.

La pièce est légère, on se rit d’une expérience initialement glauque sans tomber dans le sketch. Sur scène, une compagnie de théâtre répète, le travail que représente la réalisation d’une création artistique est visibilisé, mais la narration ne s’y attarde pas. Ce n’est pas un documentaire juste une entrée en matière pour se diriger vers cette question: que pourrait être une compagnie qui utilise des techniques de management néolibérale? Par le biais de cette irréalité, on obtient un effet de loupe pour mettre en relief les rapports de travail actuels, produits de nos sociétés. Comment cette zone d’obéissance, générée par la peur de la précarité, nous rend capables de renier nos valeurs morales par exemple?

Par petites touches fines, pas forcément décelables, la compagnie DianeM va titiller votre capacité d’observation. Car pouvons-nous vraiment être élevés avec des valeurs de partage et vivre dans un monde du travail où tous les coups sont permis?

Photographie © Nathalie Mastail-Hirosawa
Rue Général-Dufour 16, 1204 Genève
Du 17 au 29 mai 2019, représentation tous les soirs à 19h, relâche le jeudi 23 mai
Mardi 28 mai à l’issue de la représentation – Bord de scène avec l’équipe artistique

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