Tiersen à Antigel

Tiersen à Antigel

J’ai hésité longtemps avant de vous parler de ce concert à l’Alhambra. Comment mettre des mots sur des émotions si personnelles? Comment revenir sur cette soirée magique d’Antigel sans être largement en deçà de ce qu’a été cet envol hors de Genève?

Voyage jusqu’en Bretagne, avec une traversée en bateau pour aller respirer l’air iodé d’Eusa (île bretonne, foyer des Tiersen et titre de l’avant dernier album) en guise d’introduction avec Porz Goret, nom de la plage où a été tourné le clip original. Sur scène, seul au piano, Yann Tiersen nous fait transplaner. Il enchaîne avec Naval (musique du film Tabarly) dont l’écoute m’humidifie systématiquement le coin de l’oeil, comme l’éveil d’une triste mais délicieuse nostalgie, magnifiée par la beauté du touché de son compositeur. Entremêlement de sentiments intimes sur arrangements à la Tiersen, l’âme vibre de manière unique, comme un calme après la tempête, lui sait apaiser les volcans intérieurs les plus effervescents. Quand résonnent les premières notes au mélodica de La Dispute bien des souvenirs émergent, instants difficiles dépassés grâce à Tiersen, comme un Phare pour sortir du brouillard. Car les adeptes d’Amélie Poulain se souviennent de cet instant merveilleux où Bretodeau retrouve sa boîte en métal, contenant des souvenirs de son enfance, mais quatre ans en amont existait déjà Le Phare, album dont sont issus plusieurs des titres de la BO originale.

Trois musiciens rejoignent Tiersen, quatre avec Alex, un Revox qui n’avait plus revu Genève depuis sa naissance nous dit le Breton. All, dernier né de la discographie tiersienne, prend possession des lieux et de nos âmes. Des sons enregistrés, la vie de l’île, les oiseaux, l’aéroport de Berlin ou le bruissement de quelque forêt californienne, me font douter: suis-je encore à Genève? Je ne sais plus trop, en tout cas je n’ai plus envie que ça s’arrête. Tempelhof, Pell (loin en breton)… les dernières constellations de l’univers du compositeur défilent trop vite, on en veut encore et le public rappelle deux fois les artistes. Quand démarre la Rue des Cascades, dans ma tête je revois Claire Pichet aux Eurockéennes de Belfort en 2001, sa voix, ses mains embarrassées de timidité, si émouvante. La version de ce soir, en duo masculin et féminin, déclenche tout autant de frissons envoûtants.

Je ressors planante, le bus de la tournée est là devant moi, une envie d’y grimper pour continuer ce voyage me démange… Merci les Tiersen, merci Antigel!

Pour les plus chanceux d’entre vous, il reste encore quelques dates à la tournée européenne d’ici la fin du mois. Antigel c’est fini pour 2019, mais le cru 2020 sera encore meilleur et, qui sait, peut-être qu’une prochaine année nous aurons droit à une édition spéciale en transplanage sur une plage de Eusa?

Photographie @ Nathalie Mastail-Hirosawa

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