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No burnout avec Catherine Vasey

Catherine Vasey est une psychologue; son thème de prédilection est la santé dans le travail et la prévention du burnout. Elle est aussi l’auteure de plusieurs ouvrages et répond dans cette interview à 3 questions. 

 

Votre entreprise NoBurnout affiche complet, ce qui corrobore les chiffres de l’OFS qui annoncent que le nombre de BO – BurnOut – ne cesse d’augmenter. Comment expliquez-vous cette croissance nocive?

Les dernières statistiques en Suisse sont données par le « Job stress index » effectué par promotion santé suisse tous les 2 ans. Nous observons une nette augmentation des emplois stressants (trop de contraintes et pas suffisamment de ressources) et une aggravation de l’atteinte à la santé dû au stress (1/4 des personnes atteintes en 2016 à 1/3 en 2022).

Oui, le stress du contexte professionnel augmente. Nous travaillons aussi davantage dans le secteur des services; nous sommes donc de plus en plus exposés à une surcharge mentale. Nous souffrons aussi d’une perte de sens, on nous demande souvent de faire un « mauvais travail » en fonction de nos valeurs professionnelles.

Toutefois, les deux facteurs majeurs qui expliquent pourquoi le nombre de victimes de burnout augmente en occident sont:

La sédentarité croissante au travail et dans notre vie privée. Moins d’activités physiques, moins de portes de sortie pour les tensions et le stress qui s’accumulent dans le corps et l’épuisent. Nous manquons cruellement d’activités qui nous défoulent au quotidien!

Les nouvelles technologies accélèrent le rythme de travail, surchargent les employés d’informations et de mails et donnent la possibilité d’avoir le « bureau dans la poche ». Il est plus difficile de laisser le travail au travail.

La stratégie pour se préserver des conséquences néfastes du stress est la récupération active: se changer les idées, des activités physiques pour se défouler, revenir à soi en tant que personne, se ressourcer dans notre vie privée.

Nous observons que le travail a tendance à envahir notre vie personnelle par des ruminations, des soucis professionnels, des rappels du travail (mails, téléphones, etc.). Les nouvelles technologies (smartphone et réseaux sociaux) nous distraient mais n’aident pas notre cerveau à se régénérer. Ces activités ont tendance à surcharger notre mental et à nous fatiguer davantage.

 

Confirmez-vous que les personnes hypersensibles (zèbres, HPs, surefficients, bref toutes ces petites cases « rassurantes » que beaucoup aiment utiliser afin de catégoriser comme une excel spreadsheet la complexité d’autrui) sont plus sujettes à la « maladie du siècle » et pourquoi?

Je dirais que l’hypersensibilité est un facteur de risque supplémentaire. Cependant, à ma connaissance, il n’y a aucune statistique qui montrerait que les personnes hypersensibles soient davantage en burnout.

L’hypersensibilité n’est pas une maladie ni un problème en soi, c’est une compétence. Cela permet davantage d’empathie, de délicatesse dans l’écoute, c’est une qualité dans les relations humaines, l’aide, les négociations ou les médiations. Le revers de la médaille est que l’hypersensibilité est une grande perméabilité sensitive et émotionnelle à l’environnement.

Similaire à des éponges, les hypersensibles résonnent plus vite et plus intensément aux mauvaises conditions de travail (bruits, interruptions, odeurs, distractions) et aux ambiances de travail toxiques (frustration, conflits, critiques injustifiées). Elles ont tendances à emmagasiner davantage de stress et de tensions émotionnelles et cela leur prend beaucoup d’énergie. Elles doivent impérativement apprendre à décharger les tensions et les émotions de façon saine et discipliner leur mental afin d’éviter d’être affectées et de sur réagir aux stimuli ordinaires de la vie professionnelle.

 

Dans l’ouvrage de Christel Petitcollin, Je pense trop, comment canaliser ce mental envahissant, qui dédramatise cette hyper différence, elle écrit noir sur blanc: « Il y a des raisons très objectives d’être en souffrance. Le gâchis est immense: des années de rejet et d’errance à se demander où est le problème, ce lancinant sentiment de décalage incompréhensible, une scolarité saccagée, bridée par le sentiment d’imposture, entravée par les jalousies environnantes et parsemée d’épisodes de harcèlement, une vie affective chaotique… « L’adulte surdoué, une indicible désolation…. » dit Arielle Adda.

Et c’est parfaitement vrai, mais cela peut changer car ce n’est pas votre nature profonde d’être déprimé. Avec votre hyperesthésie, vous êtes neurologiquement équipé pour vivre la joie de vivre en décuplé. La sentez-vous, cette joie, tapie au fond de vous, sourde et puissante, prête à rejaillir au premier chant d’oiseau? »

 

L’adage qu’il faut travailler dur pour réussir vous paraît-il complètement dépassé? Et qu’est-ce justement la réussite?

Cela pose la question de que signifie réussir sa vie? Lorsque je pose la question aux patients: « Qu’est-ce qu’il faudrait que vous ayez vécu pour vous dire à 100 ans: j’ai fait une belle vie? ». Les personnes répondent rarement avoir fait une belle carrière ou réussir professionnellement. Ce n’est pas le sens profond de notre vie.
Nous sommes heureux lorsque nous éprouvons du plaisir, que nous sentons un engagement sincère de notre potentiel, une présence de qualité dans nos liens avec les autres et que cela a du sens en fonction de nos valeurs. Le travail, le devoir à accomplir ne nous satisferont jamais profondément en tant qu’être humain.

 

Sur le site internet de NoBurnout.ch, il y a un jeu de cartes gratuit qui vous permet de vous poser les bonnes questions. Côté lecture, La boîte à outils de votre santé au travail et Comment rester vivant au travail aux éd. Dunod 2020 sont des trésors pratiques et logiques.

De quoi débuter cette nouvelle année du bon BIG pied.

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