15min avec Stuart Staples

15min avec Stuart Staples

L’année dernière, le festival Antigel conviait Tindersticks à la Salle des Fêtes du Lignon. Ils sont venus dans notre cité avec un album: The Something Rain publié en 2012. Cet album d’une mélancolie redoutable rendait hommage à des amis disparus. Stuart Staples – membre du jury long métrage pour notre Festival Tous Ecrans la même année – leader de Tindersticks pensait alors à Bashung et Lhasa mais pas que. Car The Something Rain offre un espace de réflexion à tous ceux qui ont perdu une part d’eux-mêmes dans la disparition de l’autre. Alors “comment continuer à vivre normalement après tout ça? Comment les gens se débrouillent pour continuer à danser malgré tout” se demande Stuart dans une interview accordée aux Inrocks
L’universalité et l’intemporalité de cet album sont indéniables. Je pense à David Bowie, je pense à mon Frère…

Alors que l’édition du festival Antigel 2016 vient de s’achever (snif), Takk Productions annonce une tournée suisse d’un des auteurs de la bande-originale de la série The Sopranos avec un nouvel album à la clé: The Waiting Room. Dans cette salle d’attente, la musique de Tindersticks dialogue avec des cinéastes tels que Claire Denis, Christoph Girardet, Pierre Vinour (auteur du clip ci-dessous Were We Once Lovers?), et Gregorio Graziosi. Chacune des onze chansons qui composent The Waiting Room ont été imagées par des artistes du grand (et petit) écran. Le résultat est à couper le souffle.

Il y a donc des matins comme ça, où l’on se lève l’émotion à son paroxysme en écoutant 15min au téléphone la voix suave et irremplaçable de Stuart Staples…

Comment le projet The Waiting Room a commencé?
En 2012, j’ai fait partie du juré pendant le Festival International du Court Métrage à Clermont-Ferrand. À cette époque, l’univers du court métrage m’était étranger; j’ai été particulièrement surpris par l’énergie dégagée et la créativité des idées soulevées par le court métrage. Peut-être me suis-je dit avec le groupe, nous pourrions un jour sortir un album et commissioner des courts métrages qui pourront s’inspirer de chaque chanson de se dit album futur. Mais je n’ai pas pensé une seconde que cela se ferait aussi directement et rapidement.
Dès la fin 2014, nous avions un “brouillon avancé” de The Waiting Room; il nous restait assez de temps dans le processus créatif avant sa parution d’aborder la question du court métrage. Et graduellement, les choses se sont faites. 

Dois-je donc comprendre que vous avez composé cet album dans la perspective de produire des courts métrages?
Non, pas du tout. Je n’ai pas réalisé que les deux choses – l’album et les courts métrages – allaient s’assembler. En écrivant les chansons de The Waiting Room, je n’ai pensé qu’à la musique. Et ce n’est qu’uniquement à un stade avancé de la composition que nous nous sommes rendus compte que nous avions le temps d’explorer cette idée du visuel de l’album.  

Dites-moi, que ressentiriez-vous si je vous disais que la musique de Tindersticks comble le vide qui parfois nous entoure?
Hum.. Je crois que ce que je fais, je le fais profondément en rapport avec ma conception de l’art; composer, écrire mes propres chansons sont les moyens que j’utilise afin de combler ce vide. Peut-être que nous recherchons tous la même chose. Et si en même temps, j’ai la possibilité d’aider autrui par cet art, alors je suis pleinement satisfait. 

Revenons à des choses un peu plus tangibles: concrètement, une journée de travail selon Stuart Staples, cela ressemble à quoi?
Tous les jours sont différents. Mais quand je travaille sur un album ou un projet musical, ma journée est somme toute assez commune: je me lève le matin, j’amène mes enfants à l’école et je reste dans mon studio toute la journée to figure things out (comprendre les choses). Parfois le groupe vient me tenir compagnie et il repart en me laissant un désordre créatif que je tente ensuite de résoudre. Voilà comment cela marche.
Et la solitude dans tout cela?
La solitude… Je pense être une personne qui a besoin d’une certaine dose de solitude. Jusqu’à un certain point bien sûr et je pense savoir à présent comment la gérer cette solitude.  

Qu’est-ce qui vous vient en premier: la musique ou les paroles?
Cela dépend de l’idée. La plupart du temps, mes chansons prennent forme quand je chante. Parfois quelques mots sont déjà présents, parfois, c’est seulement la traduction d’une émotion. Et parfois, l’idée vient d’un membre du groupe et elle m’inspire pour chanter. Plusieurs chansons de notre dernier album ont pris d’ailleurs forme grâce à des idées émanant du groupe. Et moi, je me connecte à eux, à leurs idées et je tente de les chanter. 

Mais alors quand décidez-vous ou comment décidez-vous que l’idée est bonne? Ou tout du moins, qu’elle en vaille la peine?
Sur cet album en particulier, je dirais qu’il y avait environ une vingtaine de bonnes idées. Ensuite, il a fallu gérer le temps d’amener ces idées vers un chemin… Et ensemble, nous constatons si le chemin emprunté possède une certaine résonance au sein du groupe. Je ne pense pas que cet album émane des meilleures idées que nous ayons pu avoir, mais les histoires qu’il raconte sont très certainement les meilleures. Et vient le moment où nous choisissons les 11 chansons qui vont composer l’album afin de travailler sur l’histoire que raconte cet album. Il est toujours difficile de faire ce choix, d’abandonner en cours de route une chanson. Mais elles seront toujours là, ces chansons, à demi forgées et nous y reviendrons un jour car elles ont cette capacité à nous amener sur d’autres chemins. D’ailleurs, certaines chansons de cet album ont été à demi forgées il y a plus de dix ans… Chaque chanson attend son moment…  

Stuart, j’aimerai vraiment savoir quelque chose: qu’est-ce qui se passe exactement sur scène?
Pour moi, tout est une question de connexion et de partage avec l’autre…. la transmission d’une énergie, d’une idée en particulier. Je cherche à briser les barrières physiques plutôt que de prendre conscience de la scène, du public, des lumières, etc. Je veux juste arriver à me sentir assez confortable dans une pièce pour pouvoir partager quelque chose avec le public. 

Et après plus de 20 ans de carrière, avez-vous encore le trac?
Toujours! Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez prendre pour argent comptant. Peut-être que pour certains artistes ou musiciens, la motivation est justement d’aller sur scène. Mais pour nous, la motivation vient de notre volonté à créer quelque chose. Et la scène peut ne pas faire partie de ce processus créatif. Cependant, cela n’a jamais été naturel pour nous d’être sur scène: au fil des ans, nous avons dû apprendre et c’est ainsi que nous sommes. 

The Waiting Room se termine avec la chanson Like Only Lovers Can et les paroles de cette chanson posent la question suivante: so where do we go? (alors où allons-nous?). Ma dernière question pour vous est donc la suivante: où va Stuart Staples à présent?
Je n’en ai aucune idée. Cet album ne pouvait d’ailleurs pas se terminer avec une conclusion… il devait se finir en offrant un espace devant la musique qui invite le prochain chapitre. C’est ainsi que nous l’avons ressenti. Donc je ne sais pas et je ne veux pas savoir car les émotions et l’excitation font partie du cheminement. 

Y-a-t-il tout du moins des endroits où vous ne souhaitez pas aller?
(Rires)… Je ne veux pas aller en arrière. À plus de 40 ans, nous avons trouvé avec Tindersticks un espace où nous pouvons créer et ce n’était pas évident de le faire avec des personnes que vous côtoyez depuis aussi longtemps. Donc nous verrons ensemble où tout cela va nous mener…

En tout cas, je peux vous dire où je vais aller le dimanche 6 mars prochain: à l’Octogone théâtre du Pully pour assister au concert de Tindersticks car je suis probablement comme tout le monde et je cherche sans cesse à combler un certain vide: le vide de l’absence, des incompréhensions, de la souffrance et la musique de Tindersticks le décore avec humilité et profondeur.
Un grand merci à Takk Productions et plus particulièrement à Aurelia…

Photographie © Tindersticks 2015 Christophe Agou
Dimanche 6 mars à 20h30

L’Octogone, théâtre de Pully, Av. de Lavaux 41, 1009 Pully
Prix: 47.-
Billetterie en ligne

Lundi 7 mars à 20h
Kaufleten, Pelikanstrasse 18, 8001 Zürich
Prix: dès 52.-
Billetterie en ligne

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